Diofel, le slam ou la passion des mots

Les habitués d’AgenDakar savent que nous aimons le slam, nous supportons le slam. Depuis un an maintenant nous faisons régulièrement la promotion du Vendredi slam ces soirées poétiques où jeunes et moins jeunes se retrouvent autours des mots. Textes accapellas ou accompagnés, textes drôles, émouvants ou engagés… des moments de partages uniques qui en font des soirées magiques (note du chat : en oui je vous avez dit qu’on aimait le slam !) A la fin de la saison2, Diofel slammeur initiateur et animateur de ces belles soirées, revient sur le concept, l’évolution, les projets (notamment « Poésie nomade » projet d’émission télé) et sa passion pour mots


D’où vient ton amour pour les mots ?

L’amour pour les mots…. Cette histoire est veille. C’est depuis que j’ai 12 ans. J’ai commence à écrire parce qu’il fallait que j’interprète un baiser que m’avait donné une amie en classe 6ème.

Hum, un enfant de 12 ans qui écris pour interpréter un baiser … et qu’est ce que tu as écrit ?

Un truc tout bête. A 12 ans la plume n’est pas vraiment belle J

Comment es tu devenu slammeur ?

Je suis devenu slammeur en écoutant Souleymane Diamanka. Je me souviens C’est Sadrak (note du chat : un autre grand slammeur) qui m’avait prêté l’album en 2007. Avant je connaissais le slam mais je me disais que c’était une échappatoire pour les rappeurs qui fuyaient le beat. Souleymane Diamanka est vraiment le premier slammeur que j’ai pris le temps d’écouter. Il a été très africain, il a exposé sa culture peule. C’est ce que j’ai aimé chez Diamanka. « Moment d’humanité » a été le premier morceau que j’ai écouté. Je me doutais un peu qu’on pouvait mélanger ce côté traditionnel avec un art, une culture urbaine et Diamanka m’a prouvé que c’était possible.

Et comment est né le Vendredi Slam ?

En fait j’avais commencé avec Sadrack. On organisait des soirées appelées « musique et poésie/slam » mais lors de ces soirées il y avait beaucoup plus de musque que de poésie. Sadrack a ensuite voyagé et j’ai décidé de continuer avec des soirées exclusivement poétiques : les « Vendredis Slam ». Au début il y avait les « joyful people » avec Aimé qui assurait le coté chœur et les intermèdes musicaux. Sinon c’était plutôt un « mini concert Diofel »

Il n’y avait pas de slammeurs ???

Non pas vraiment.

Pourquoi ?

Disons par manque de moyen efficace pour la com. Il faut dire que les autres slammeurs ont commencé a arrivé avec agendakar

On a l’impression parfois que le Vendredi Slam fait un peu cercle fermé de jeunes dakarois « toubabisés » qui ne slamment qu’en français ? Est-ce parce que tu ne comprends pas wolof ?

Je n’ai pas cette impression sérieusement. Aujourd’hui il y a du tout parmi les membres du collectif. On a d’ailleurs beaucoup plus de sénégalais que d’étranger.

Oui mais regarde par exemple, le slam est très pratiqué dans la banlieue comme Pikine avec les gars de matador et tout… qui slamment beaucoup en wolof. Est-ce que ce coté trop « slam en français » ne les découragent pas de participer au Vendredi Slam ?

Non je pense que c’est plus une question de moyens. Pikine c’est loin. Ca se passe la nuit. C’est des jeunes hein souvent élèves, étudiants ou sans emploie, ce n’est pas évident de se déplacer aussi facilement.

Mais On a eu beaucoup des gars de Pikine qui sont venus participés au Vendredi Slam notamment Youssou qui ne vient plus parce qu’il a voyagé. Il ya aussi fada qui slam toujours en peul

En tant que slammeur comment vois-tu l’évolution du slam au Sénégal ?

Le slam a sa place et il va aller très loin ! Le slam trouve sa place aujourd’hui dans tous les festivals de hip hop

Justement aujourd’hui au Sénégal, le slam n’est pas très loin du rap. Beaucoup de gens ne s’y retrouvent pas entre rap et slam. Quelle est la différence ?

C’est normal parce que déjà dans le rap il ya cette poésie, cette liberté et cette modernité qui sont un peu les 3 facteurs qui composent le slam. A mon avis la différence entre slam et rap s’il y en a une, c’est que le rap c’est un genre musical. Le slam c’est un peu la composition de plusieurs genres. Dans le slam tu peux retrouver un rappeur. Il suffit qu’il dise son texte sans instrus derrière ca devient du slam. Awadi quand il fait « j’accuse » sans la musique derrière c’est du slam ! Tu peux avoir quelqu’un qui slam et qui se met à chanter a capella… Le slam est plus « ouvert ».

Il ne faut pas oublier aussi que les précurseurs du Rap que sont les last poets, sont considérés aujourd’hui comme les premiers slammeurs.

Que faut-il à ton avis pour être un bon slammeur ?

Rester soi même ! Quand je regarde ce qui se passe dans le Vendredi Slam, toutes ces personnes sans prétention de carrière artistique, qui montent sur scène et dévoilent un peu leur vie…je crois que la qualité d’un bon slammeur c’est cette personne qui reste lui-même, dit ce qu’il ressent et comme il le ressent.

Maintenant si tu nous parlais un peu de « Poésie Nomade »

Poésie nomade c’est un projet d’émission de télé dédiée à toutes les créations orales. Je ne cache pas que l’influence slam y sera beaucoup plus présente, parce qu’on l’organise avec tout le collectif du vendredi Slam. Pour le moment je cherche une télé. J’ai contacté les télés de la place et J’espère qu’elles seront un peu plus réceptives. On a tourné un premier pilote sur lequel on a remarqué quelques lacunes. C’était le 07 Juillet dernier au CCF. Pour la prochaine session du 04 Aout on va essayer de combler ces lacunes dans le tournage du pilote. Je vise les télés culturelles comme la 2sTV, la RTS1 et la TFM. L’émission est attractive et je sais qu’on aura l’audimat. Le slam intéresse les gens, aujourd’hui on a la preuve avec les Vendredi Slam !

Donc le message est lancé !!!! Pourquoi « poésie nomade » ? L’aspect « nomade » revient souvent dans tes projets. Le vendredi slam à la base est un projet nomade, il se déplace souvent dans différents endroits dans Dakar. Pourquoi es tu aussi attaché à l’aspect nomade de la poésie ?

C’est parce que j’aime l’histoire ! je me dois de constater une chose, c’est que l’art a voyagé à travers le temps. On a eu le griot avec son xalam et ses textes, aujourd’hui on a encore le même principe mais avec des instruments et des moyens différents. L’art a toujours voyagé. Nous ne sommes que des voyageurs….

C’est pour ca que tu fais « voyager » les vendredis slam dans Dakar ?

A la base l’objectif principal c’était de pouvoir dénicher des slammeurs un peu partout dans Dakar. Rendre la chose populaire. C’est pareil pour poésie nomade. J’aimerai vulgariser le slam, la poésie la création orale.

Les poètes se cachent ils toujours pour écrire ?

Il y en a qui se cachent toujours !

Le vendredi slam ne se cache plus !

(Rires) ca c’est vrai !!! Mais il y en a qui se cachent encore. Je suis sur qu’on peut trouver encore pleins d’autres slammeurs… on va les dénicher !!!

Vis tu du slam ?

Oh non !!! Non je suis commercial c’est avec ça que je gagne ma vie

Et comment gagnes-tu l’inspi ? Quelles sont tes muses

J’écoute beaucoup les gens. L’inspiration arrive beaucoup de ce que je vois, et de ce que je vis. La poésie est partout. On la trouve sur une tresse, dans le vent qui souffle, tout est poésie…

Mes muses ? La vie, mes chéries : ma fille, ma chérie .

Que préfères tu particulièrement dans les soirées slam ?

Tout cet esprit de partage. Lorsque tu sais que les gens se sont déplacés de loin pour venir retrouver des amis, partager des moments entre amis et sur scène aussi. En parlant de la scène parfois t’as quelqu’un qui arrive avec une feuille toute tremblotante ou un Slamel qui vient avec toute sa fougue, un youssou qui ne retient jamais ses textes par cœur qui vient toujours avec une feuille, Jamil avec son petit bout de papier…

La diversité quoi...

Oui et surtout l’acceptation de l’autre ! Quand tu vois que l’autre vient avec sa culture on accepte tout de suite de partager avec lui. On a eu par exemple toutes ces personnes qui slamment en anglais. On ne comprend pas forcement. Il ya du slam en wolof, souvent moi-même je ne comprends rien. Il y a du slam en peul, tout le monde ne comprend pas… pourtant on accepte, on kiffe ! C’est ca le slam !

Quels sont tes projets et ceux du Vendredi Slam

Je prépare un mini album de 3 titres et une série de concerts pour la fin de l’année. Vendredi Slam on va continuer d’intéresser les gens, de promouvoir le slam, avec l’aide d’agendakar !

Ton dernier mot ?

On a l’opportunité de pouvoir faire vivre le slam au Sénégal alors ne baissons pas les bras, continuons même si le combat est dur. Je me rappelle une phrase que mon père me disais : « Quand tu vois un homme mordre un chien, il a crée l’événement ». Quand le chien mort un homme c’est un peu logique ca arrive tout le temps mais l’inverse est illogique. Quand c’est l’homme qui a mordu le chien il crée l’événement. PBS, Daara-J et tous les ténors du rap sénégalais ont quelque part mordu le chien et ils ont crée un événement qui dure depuis 20 ans. Le slam aussi a sa place, il suffira à certaines volontés et certains passionnés de mordre le chien.

Source : Agendakar

Répondre à cet article