Didier Awadi : « Les Sénégalais refusent la “démonarchie” que Karim Wade représente »

Le rappeur du Positive Black Soul, Didier Awadi savoure sa victoire parce que les Sénégalais auraient suivi ses consignes lors du scrutin du 22 mars dernier en sanctionnant la Coalition Sopi 2009. A Diourbel pour les besoins de la 8e édition du Festival de musique traditionnelle (Fesmut), il assène ses quatre vérités à Karim Meïssa Wade, à son père, parle des retrouvailles avec son ex-complice Doug E Tee et dit comprendre l’opposition qui se crêpe le chignon pour l’attribution des postes de maires, de présidents de Conseil rural et de région.


PARTICIPATION AU FESMUT « Cette année, le festival de musique traditionnelle a voulu s’ouvrir à une musique moderne. Cela fait aussi partie du paysage musical et, aujourd’hui, on ne peut pas parler de musique et faire abstraction de la musique moderne. C’est dans ce cadre qu’on nous a demandé de venir et de participer à la fête et personnellement, j’avais envie de venir à Diourbel. »

ARGENT, COMBAT ET RESULTATS DES ELECTIONS « Je me réjouis que le jeu démocratique marche encore au Sénégal. C’est vrai que, très souvent ici, ce que font les gens, c’est de donner de l’argent aux populations qui, chaque fois qu’elles le prennent se sentent obligées de voter pour eux. Or, quand on est dans l’isoloir, on est seul. C’est pour faire comprendre aux gens que ce n’est pas parce que vous avez accepté de l’argent que quelqu’un a volé pour vous le donner que vous lui êtes redevable. S’il est assez con pour vous donner de l’argent, prenez-le et dites-vous que, de toutes les façons, c’est l’argent du peuple, en quelque sorte, votre argent. Mais, ne votez pas pour lui, car c’est une insulte que de donner de l’argent pour acheter les consciences. Si quelqu’un est assez bête pour essayer d’acheter votre conscience, soyez assez malhonnête pour ne pas voter pour lui. »

DEROUTE DE KARIM WADE « C’est ce que j’appelle les insultes à la démocratie ; ce qu’on appelle la « démonarchie ». C’est une monarchie qu’on voulait nous imposer. Karim Wade ne représente rien du tout ; il n’a aucun mérite. Les gens n’ont pas voté pour lui parce qu’on ne le connaît pas ; on n’aime pas ce qu’il représente. Ce qu’il représente, c’est l’esprit de monarchie, c’est l’esprit de « j’ai de l’argent et je n’ai pas à vous dire d’où est-ce que je le prends. » On sait très bien d’où provient cet argent. « C’est ton papa qui te le donne, parce que c’est le Président. Il y a une crise sociale, une crise politique, tu prends quatre avions pour faire campagne. Tu as pris l’argent c’est une chose mais faut pas de te foutre de nous. » Donc, Karim Wade pour moi, ne représente rien, en tous les cas politiquement. Il ne faut pas mentir au peuple sénégalais. »

DEBACLE DU CAMP DU POUVOIR ET APPEL A VOTER CONTRE SOPI 2009 « La raison qui m’ont poussé à appeler à voter contre (la Coalition Sopi 2009), est la déception massive des populations. Globalement, les gens sont déçus. Déçus par la gestion du pouvoir, par son arrogance, les entorses à la démocratie. Ils sont déçus parce qu’ils ont faim et on ne leur trouve pas à manger ; déçus parce qu’ils veulent du travail et on ne leur trouve pas d’emplois. Quand on ne répond pas à ces questions qui sont essentielles, que sont le ventre et le travail, les populations cherchent un refuge ailleurs ; surtout, quand on insulte tout ce qu’on a construit ensemble, quand on verse et piétine tout ce qu’on a construit ensemble : la démocratie. Alors, c’est normal que les gens se rebellent. Je suis comme n’importe quel citoyen. Je ne suis pas d’accord ; je le fais savoir et ce que j’ai dit, somme toute, c’est ce que pensaient tous les Sénégalais et ils l’ont démontré massivement. Les Sénégalais n’ont pas attendu que Awadi parle pour faire ce que j’avais dit. Ils avaient tout cela dans le cœur ; ils l’auraient fait avec ou sans Awadi. »

GUERRE DE POSITIONNEMENT A BENNOO « Les membres de Bennoo Siggil Senegaal sont en train de se crêper le chignon ; ils font de la politique. Ils veulent des postes ; c’est un processus naturel. On ne s’attendait pas à autre chose. Il y a une belle dynamique historique de regroupement, mais aujourd’hui, ils se querellent pour des postes. C’est un processus normal. Après, certains vont émerger du lot. Cela ne me surprend pas, connaissant un temps soit peu la politique. »

ARTISTES ET POLITIQUE « Des artistes, dans l’arène politique, c’est normal. Le gouverneur de Los Angeles est un acteur de cinéma. Cela ne me choque pas. Pour le moment, la politique ne m’intéresse pas. Je ne dis pas que, demain, je n’en ferai pas. J’ai déjà un discours politisé, cela suffit. Si chacun connaît son métier, les vaches seront bien gardées. »

POSTE DE VICE-PRESIDENT ET PROJET DE PRESIDENTS D’AFRIQUE Honnêtement, je ne peux pas me prononcer là-dessus ; je n’ai pas suivi l’affaire, mais s’il y a un vice-président, j’espère que ce ne sera pas son fils. C’est tout (…) C’est vrai que cette année, on fête les 20 ans de Pbs ; c’était en 1989. Rien n’est exclu. Tous les deux, on en parle. Présidents d’Afrique, nous sommes en train de le peaufiner, nous travaillons sur le trentième morceau que l’on mixe ; nous sommes en train de réaliser le film et quand il sera terminé, on aimerait le sortir en juillet et faire les premiers concerts de présentation en août. »

Propos recueillis par Boucar Aliou DIALLO - Correspondant

Source : Le Quotidien

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