Degg J Force 3 de Conakry : Un Groupe de rap pas comme les autres

Porte voix de toute une génération, le groupe va au delà de la musique pour aider les jeunes Guinéens à apprendre les métiers qui vont servir la culture guinéenne. Une ambition affichée par ceux qu’on considère aujourd’hui comme des étendards de la musique urbaine de la Guinée. Les Degg J Force 3 avancent et visent loin pour faire profiter leurs cadets des recettes pour réussir dans le monde de la musique hip hop.


Pour un rendez-vous, c’est plus tôt sympa de rencontrer des jeunes vedettes tout sourire nous ouvrir les portes de leurs bureaux. Mais surtout nous ouvrir leurs cœurs, des cœurs pleins de sagesse, et d’engagement comme celui du leader qui nous invite à prendre place devant son bureau, dans un bâtiment à étage situé dans l’enceinte du jardin 2 octobre de Conakry. Un édifice qui abrite des salles de danse, peinture et musique.

Le groupe est né en 1996 dans le quartier Boulbinet, au cœur de la capitale Conakry. Il est composé de trois membres : Moussa Camara issu d’une famille de musiciens, et les frères Moussa M’Baye et Abdoulaye M’Baye, deux frangins d’une famille de Walliou (religieux) et de parents entrepreneurs.

En 1997, le trio participe à « Afrique Hard cord », une compilation musicale à laquelle il propose le titre à succès « cri du cœur » qui très rapidement gagne le cœur des mélomanes guinéens et qui fait du groupe le plus sollicité du moment, pour des concerts et kermesses dans les écoles. Ce titre sera repris en 2001 dans « Mach Allah » (par la grâce de Dieu), premier album du groupe enregistré à Dakar, qui rafle à son tour un record de vente : 25000 exemplaires en un mois, 50 000 en trois mois et en fin 2003, le groupe avait réussi à vendre 70 000 exemplaires. C’est un record de vente de musique urbaine en Guinée. Avec ce succès, le trio bénéficie d’invitations pour des concerts et festivals en Afrique de l’ouest, dont plusieurs fois à Dakar et à Bamako.

Sur le plan national, le groupe est présent aux grands rendez-vous culturels et son œuvre est récompensée : meilleur album rap toutes catégories confondues, meilleur texte, meilleure prestation scénique, meilleure vente et meilleur morceau à succès, à la première édition de la K7 d’or organsinée par la structure Ci’s com. Le groupe obtient les mêmes distinctions, en 2005, après la sortie de son second opus intitulé « Jusqu’au Bout ». Une coproduction avec le groupe de rap Sillatigui. Après quatre années sans studio, les Degg J Force 3 reviennent avec un album qu’ils qualifient d’œuvre de maturité. En effet, le produit « Reste indépendant » est plébiscité et gagne le prix du meilleur album à la cassette d’or.

Comment se définissent-ils ? Selon Moussa M’Baye, leader du groupe : « Nous sommes toujours critiques envers nous-mêmes. Jusqu’a présent nous ne sommes pas de vrais artistes, nous avons envie d’avancer et d’aller plus loin, nous sommes d’une génération qui aime le hip hop, une musique révolutionnaire qui dénonce les problèmes qui sévissent dans nos sociétés. Nous avons tellement de problèmes que chaque jeune s’identifie naturellement au hip hop. Nous sommes allés à la musique parce qu’on avait des choses à dire, un combat à faire pour changer la donne sociale. C’est ce qui nous a permis d’avoir un discours très engagé ».

Si ce groupe a eu un tel succès, c’est bien grâce aux thèmes développés dans les chansons comme la scolarisation de la jeune fille, la lutte contre la corruption ou encore la démission des ainés. Degg J Force 3 c’est aussi des initiatives pour des jeune car les trois amis ont réussi à réaliser un studio d’enregistrement, un studio de montage vidéo, une structure de management et une maison de production, estampillée Mach Allah Production, qui a mis sur le marché du disque guinéen plusieurs albums dont « Reste Indépendant » et « Koun Faya Koun » du groupe Banlieusard.

Actuellement les membres du groupe Degg J Force 3 organisent une formation des jeunes guinéens en montage vidéo, grâce au concours de leurs amis français. Pour Moussa M’Baye, « le combat ne fait que commencer... ».

Kassim TRAORE

Source : Bamako Hebdo

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