Débat : Le Hip Hop de Demain

Le Grand débat posé par l’animateur Hip Hop de la 2STV à savoir Malal TALLA alias Fou Malade devrait guider les Rappeurs sénégalais à ne plus jamais être surpris face aux exigences musicales de l’heure. Leur responsabilité est indexée. Par : Abdoulaye Mamadou GUISSE Président Observatoire de la Musique et des Arts (OMART)


Parler du Hip Hop de demain, me parait relever d’une fuite en avant ou plutôt accepter d’être un témoin impuissant face à ce que les anglais appellent affidavit failures : un constant d’échec.

En ma qualité d’acteur culturel citoyen, soucieux d’une industrie culturelle dynamique et respectueux du talent de nos créateurs dans un monde en plein mutation, j’ai toujours opté d’observer d’un regard objectif mais critique l’évolution d’une musique d’origine africaine, née bien avant le travail forcé dans les champs de plantation de canne à sucre en occident. Le Hip Hop (musique et culture) a été un des maillons au cœur de l’oralité africaine. La musique Rap a été découverte tardivement par nos mélomanes, mais elle détient des liens de sang avec certaines facettes cachées de notre patrimoine immatériel parmi lesquelles le Tassou, le Kebetu, le Taxuran, Xaxar etc.

Le Tassou, le Kebetu, le Taxuran, et le Xaxar , de par leur authenticité culturelle et leur encrage rythmé, imagé, mais original, sont à l’origine de la musique du Rap. Cette musique Rap a été découverte chez les esclaves dans les champs de plantation de canne à sucre, et elle servait de stimulants pour noyer leur douleur grâce à l’extériorisation des chants saccadés remplis de mélodies, d’harmonies, et de messages poétiques puissants. Née en Afrique, découverte dans ces champs, la musique Rap a grandit dans les rues de New York et a servi d’armes pour conscientiser un peuple en quête de son identité, mais elle a participé activement à la promotion des droits des minorités et à la libéralisation des libertés.

Dans la démocratie Africaine bien avant l’arrivée du colon, l’arbre à palabre était le lieu de prédilection des Taalifkat, des Tassoukat, etc. Toutes ces formes d’expressions orales sont l’identité intréséque du Rap. Ma conviction est que le Hip Hop est une musique de l’instant et qu’il n’est point nécessaire de s’interroger de son demain pour ne pas dire de son futur. Elle est une musique pour les vivants et non pour les rêveurs. Elle s’éternise dans la vérité des cœurs optimistes.

Elle est ce que le battement du coeur est au battement de l’esprit. La pensée ne bat pas d’une façon continue comme le cœur bat d’une façon continue .Elle doit au devoir d’apporter sa réponse aux exigences de l’heure et a la conservation des acquis. Elle a cessé d’être une musique négationniste, pour ne pas dire la négation pure du positif. Elle est une arme intellectuelle pour la survie de l’homme avec son semblable. Il me parait néanmoins une impérieuse nécessite de faire une autocritique de cette musique dans toutes ses composantes horizontales et verticales. La musique Hip Hop sénégalaise tourne autour d’une image figée du Hard au Soft avec en primauté des paroles qui sapent et brisent l’harmonie.

Même si le Hip Hop est une vérité debout et en action sa finalité c’est la culte de l’éthique et la paix. La musique Hip Hop a besoin d’indicateurs de performances fiables, car elle se fécond et se fonde sur l’accumulation quotidienne de nos fais et gestes. Aujourd’hui on devrait mettre le doigt à l’illettrisme de nos rappeurs, à l’absence de supports musicaux adaptés à nos réalités sénégalaises.

La musique Hip Hop suggère à cet effet un positivisme naît par la négation de la négation. Exemple : Fou+ Malade = Nit Ndiaye (Mala talla). Justement pour parler du positivisme qui engendre le Hip Hop, permettez moi de parler d’un autre Nit Ndiaye à savoir FATA ce grand monsieur de notre HIP HOP Il ne s’agit pas ici de faire l’éloge d’un homme encore moins de verser dans le fanatisme partisan, il est pour pour moi une voie obligatoire de mettre en exergue les points saillants d’un apport positive que ce Rappeur ne cesse de donner à la musique sénégalaise. Le Hip Hop a besoin de nos réalités africaines et sénégalaises pour émerger. Elle doit vivre dans une sorte de dialectique comme le conçoit Fata Nous savons bien que la dialectique est un processus de création perpétuelle, ni commencement et sans fin, qui tend dés lors de moins l’infini vers plus l’infini.

Dans cette révolution positive de la créativité et combien difficile, l’artiste doit tenir le cap d’être en phase ininterrompu avec ses semblables. Karl MAX dans sa 6éme thèse qui démontre la nature réel d’un dialecticien affirmait : « l’Etre humain n’est pas une abstraction inhérente à l’échelle de l’individu isolé, dans sa réalité il est l’ensemble des rapports sociaux. » .C’est cette démarche de proximité que l’auteur de El Président fait vivre à ses collègues Rappeurs en les faisant face à leurs responsabilités devant le peuple.

FATA vient ainsi d’adapter la nature du Hip Hop aux conditions nouvelles découlant de la transformation d’un monde Nouveau, d’un Etat nouveau, d’un peuple aux aspirations positives pour un changement quotidien dans le respect de son semblable.Didier AWADI est pour moi celui qui sait le mieux naviguer entre la vérité et nos réalités. Il use des instruments comme le Sabar, la Kora, Djiembé pour amortir la virulence de ses textes. Un habillage réfléchi et réussi dans sa gestation générationnelle.

Le Hip Hop a grandement besoin de ces acteurs de l’ombre : les animateurs et les DJ. Le DJYING est devenu un métier quasi inconnu de la plus part du milieu Hip Hop, car le plus souvent la faiblesse des produits musicaux de ces rappeurs résulte de l’usage abusif des musiques arrangées et composées ailleurs appelées communément « Sons », inadaptées à leur contexte social, économique et culturel. Le Djying doit jouer pleinement son rôle , il doit pouvoir inéluctablement faire l’alliage culturel pour un mouvement Hip Hop conquérant pour que à la fin soit banni des albums ou la facilité et la paresse sont les couleurs. Cette facilité est encouragée par certains animateurs des bandes FM .

La création chez les animateurs d’une structure de régularisation et de normalisation est important dans ce contexte d’un monde en quête perpétuelle de perfection, d’authenticité, mais surtout d’originalité. Le mouvement Hip Hop sénégalais a besoin d’une standardisation de ses produits musicaux. Une analyse objective et consensuelle doit guider nos animateurs dans leurs choix de faire la promotion de nos rappeurs. Il est urgent pour nous de retracer les contours d’une musique Hip Hop trop sûre d’elle. Heureusement avec l’axe 2STV (Malal talla) et Walf FM (Jules Junior) le débat sur le Hip Hop est vivant, autrement ce serait inquiétant.

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