Dakar hurle sa colère contre le fils du président : « Karim voleur ! »

  • Le leader de la « Génération du concret » sans voix
  • Les services et moyens de l’Etat mis à sa disposition

C’était loin d’être de la tarte. Cette première sortie politique de Karim Wade à Dakar n’a pas été de tout repos. Bien au contraire, les huées et les brassards rouges ont montré, pour l’instant, au fils du président que Dakar ne le porte pas dans son cœur et par conséquent, ne veut pas le voir.


Le leader de la « Génération du concret » n’oubliera pas de sitôt sa journée passée hier, dans les rues de Dakar. Pour son baptême du feu, Karim Wade semble être passé à côté de son sujet. Du moins, si on en juge par la réaction de la population. Tout Dakar l’a accueilli avec des huées et des brassards rouges. Ces fameux brassards, dont la trouvaille vient de son père, qui permettent à la population de manifester son courroux.

Tout avait commencé à la grande Mosquée de la famille omarienne où il était venu assister à la prière du vendredi. L’annonce de sa présence par le Khalife Thierno Madani Sy parmi les fidèles musulmans a soulevé une vive grogne dans l’enceinte de la Mosquée. Pis, certains n’ont même pas attendu la fin de la prière pour quitter la Mosquée. Ils ont préféré plier natte, embarquer babouches et bouder la salle plutôt que d’accomplir leur pilier de l’Islam en compagnie du fils du Président. Les fidèles qui ont afflué en masse, comme lors de chaque prière du vendredi, n’ont pas apprécié l’attitude du marabout qui a accepté de recevoir le leader de la « Génération du concret » dans la mosquée et, à une heure de prière. Car, comme ils semblent le dire, Karim Wade est venu battre campagne dans la « Maison de Dieu ». Certains ont même manifesté leur colère devant le marabout. « Allahou Akbar, nous ne voulons pas de Karim. Ici c’est la Maison de Dieu », lance à haute et intelligible voix, un homme juste après le salut final de la prière.

Pourtant, le marabout avait, dès l’entame de son sermon, essayé de calmer les ardeurs en tentant de justifier la visite du président de l’Anoci. « Karim est notre hôte. Il est venu demander des prières. Donc, nous devons l’accueillir à bras ouverts », tempère-t-il. Malheureusement pour le Khalife, cette visite était loin d’être appréciée par les nombreux fidèles qui, d’ailleurs pour manifester leur sentiment, n’ont pas hésité à huer le fils du président.

Et, ce sont des huées dans le même style qui attendaient Karim Wade dès la sortie de la mosquée. Une foule de jeunes, avec des brassards rouges, encerclée par quelques éléments du Groupement mobile d’intervention (Gmi) ont tenu à réserver un accueil pas du tout chaleureux au leader de la « Génération du concret ». Ces jeunes qui protestaient contre la démolition du stade Assane Diouf ont usé de tous les mots pour manifester leur colère contre Karim Wade. « C’est un voleur. Il faut l’arrêter », disent-ils. Et, c’est sous ces huées que le président de l’Anoci a quitté la Mosquée Thierno Seydou Nourou Tall pour un itinéraire de campagne qui va débuter par le marché Sandaga.

SANDAGA HURLE SON DEGOUT

Un itinéraire qui s’est révélé, après coup, beaucoup plus cahoteux. En effet, investi sur la liste proportionnelle de Dakar de la Coalition Sopi 2009 pour les élections locales, Karim Wade se devait de battre campagne au même titre que ses « frères ». Et ce passage à Sandaga constituait un test grandeur nature, car s’il voulait connaître sa côte de popularité, il a la réponse : il est au plus bas. Sandaga ne le porte pas dans son cœur et a tenu à le lui montrer, de manière bruyante et visible. Plus grave, c’est avant d’atteindre le marché que le cortège du fils du Président est accueilli par des huées. Difficile pour Karim et Cie de résister face à un tel accueil. D’ailleurs, leur cortège a créé des embouteillages monstres sur toutes les avenues qui gravitent autour de ce temple du commerce. De l’avenue Blaise Diagne, à l’avenue Jean Jaurès, en passant par Lamine Guèye et Pompidou, la circulation est impossible. Comme si, tout était prévu à l’avance, des commerçantes et commerçants, renforcés par un groupe de militants de la tête de liste de Bennoo Siggil Senegaal à Dakar Plateau, Alioune Ndoye, ont pris d’assaut la caravane de Karim Wade. Dans tous ses états, la foule munie de brassards rouges, pantalons, pagnes, chemises, chaussures, pourvu que ce soit de couleur rouge, scandent : « Au voleur, ça suffit ! Nous disons non à Karim Wade. Nous ne l’aimons pas. »

Beaucoup de vendeurs de Sandaga abandonnent étals et cantines pour venir exprimer leur ras-le-bol contre le régime de l’Alternance. « On est mort. Si ces libéraux gagnent les prochaines élections, nous allons tous mourir. Et ça a commencé. C’était rare d’entendre parler de meurtres au Sénégal. Maintenant, c’est devenu fréquent », peste un commerçant. Le gérant d’une cantine à Sandaga qui préfère garder l’anonymat, en veut pour preuve, « la découverte macabre sur la corniche ouest de Dakar ». « C’est un voleur et son père aussi est un voleur. Il ne peut pas nous diriger », lance un marchand ambulant du nom de Thierno Diop, tenant un caleçon rouge entre les mains.

Sur toutes les artères, Karim Wade est conspué par la foule. Et, il en était ainsi sur toute l’avenue Lamine Guèye jusqu’à l’intersection de la rue Abdou Karim Bourgi. Des huées qui ont laissé sans voix Karim Wade, qui a trouvé la parade en réussissant à obtenir un foulard rouge qu’il va brandir en direction des manifestants, un rictus aux lèvres.

Après une trentaine de minutes avec les lébous de Sandaga, Karim Wade et son camp ont fait cap vers le quartier dit « Crédit du Foncier » sans tenir un discours. Là, le président de la « Génération du concret » est accueilli par Mme Awa Ndiaye, ministre de la Famille, membre du mouvement piloté par le fils du Président. Faute de soutien à Dakar Plateau et ses environs, Mme Ndiaye est allée puiser des « militants » dans la banlieue dakaroise notamment, Keur Massar. Il fallait au moins des éléments pour redorer le blason et redonner du tonus, du courage pour poursuivre ce qui était devenu un périple.

D’ailleurs, en quittant Sandaga et ses environs, Karim Wade semblait retrouver un peu d’oxygène. Il pouvait souffler, loin des huées et des brassards rouges. Il a ensuite pu rendre visite à quelques dignitaires lébous à la Mosquée Santhiaba de Médina, sa famille paternelle à Niary Tally et à El Hadji Mansour Mbaye à Ouagou-Niayes.

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Par Dialigué FAYE et Mamadou DIALLO

Source : Le Quotidien

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