Dakar en état d’urgence ?

Dakar est-elle en état d’urgence, sans que l’opinion en soit informée ? La question mérite d’être posée quand on constate que depuis quelques jours, les rafles et interpellations intempestives de citoyens jusqu’à l’abus rythment les nuits de la capitale. Partout on se heurte aux hommes en tenue. Policiers ou gendarmes qui arpentent les rues et quartiers de la cité et de sa banlieue.


Par Madior FALL

Cherche-t-on à fournir des gages aux hôtes attendus au sommet de la conférence islamique prévu au mois de mars prochain ? Samedi 26 janvier, veille de la déroute des « Lions » à Tamale là-bas au Ghana, le lendemain dimanche 27 janvier devant les « Panthères » angolaises, Avenue Albert Sarraut, 22 heures 45 minutes. Un car rempli d’éléments du Groupement mobile d’intervention (Gmi), la plupart de simples auxiliaires sans « tenue », arrogants et des policiers ordinaires prend possession des lieux. La brigade mixte a peut-être en charge tout le Plateau. Plus loin, d’autres « collègues » à la Médina, Grand Dakar, la Route de Ouakam, Les Almadies…, font la police. Dakar est bouclée. La sécurité y règne. Il y a une présence discrète cependant aux allées Centenaires où un écran géant permet à une foule d’amateurs de suivre la Coupe d’Afrique des nations (Can-2008). Des agents de police suivent le match en aillant un œil sur les spectateurs du moment. Ils attendent certainement la fin du match pour interpeller les automobilistes qui empruntent le boulevard et les passants attardés.

« Pour assurer une meilleure mobilité à Dakar et sa banlieue, la Direction générale de la Sûreté nationale informe le public qu’à compter du 22 janvier 2008, ses services entreprendront de vastes opérations pour enrayer :(… ) » Lit-on dans un communiqué du chef du Bureau des relations publiques de la police, le colonel Alioune Ndiaye parvenu à notre rédaction le 23 janvier dernier. Si, dans son communiqué, l’officier supérieur de la police a visé « les entraves volontaires à la libre circulation des véhicules, l’encombrement des voies de circulation par des carcasses de véhicules ou autres engins (…), les opérations sur le terrain des « escouades » sécuritaires nocturnes dont les descentes se multiplient vont bien au-delà. Celle du samedi cherchait en outre, apprenait-on à déloger « les étrangers en situation irrégulière » au Sénégal. On veut se prémunir de toute mauvaise surprise. « Alqaïda », l’organisation de Ben Laden fait trop parler d’elle en ces temps de la préparation du sommet de l’Oci. Les autochtones souffrent néanmoins le plus de ces ingressions policières que d’éventuels étrangers qui, s’ils étaient mal intentionnés, ne se promèneraient ou ne devraient pas se promener aussi tranquillement dans des rues, à la merci des services de police.

En effet, il est devenu bien difficile de sortir la nuit maintenant à Dakar sans être interpellé par un policier bardé jusqu’aux dents, ou par un gendarme qui vous invite sans ménagement à lui présenter vos pièces. Ce souci d’apporter aux « honnêtes » citoyens et à nos hôtes la sécurité totale est certes louable. Ce qui l’est moins, c’est, quand, faisant preuve d’un zèle excessif, des éléments, parce qu’ils sont en tenue et armés, ne se gênent pas pour tenter de mortifier des gens. Depuis quand rafle-t-on les individus devant leurs lieux de travail ? A 22heures, s’il vous plait ?

C’est ce qui s’est passé ce samedi à l’Avenue Sarraut. C’est devant le restaurant du même nom que des éléments de la brigade citée plus haut s’en sont vivement pris à une employée devant le pas de la porte. En refusant de l’écouter ils ont voulu manu militari l’embarquer sans autre forme de procès après lui avoir demander non pas une pièce d’identité, mais… un carnet de santé.

Comme si toute fille ou femme qui se trouverait hors de son domicile la nuit est une belle de nuit, une fille de joie. Une racoleuse sur la voie publique. Une situation dont quasiment souffre quotidiennement toutes celles qui travaillent dans les bars restaurants, les usines ou entreprise où le système des quarts est de pratique. La plupart d’entre elles sont ainsi interpellées très souvent non pas pour défaut de pièce d’identité, mais plutôt de carnet sanitaire. Une injustice que deux hauts cadres présents sur les lieux, ce samedi-là n’ont pas voulu laisser faire. Mal leur en pris. Les jeunes policiers piqués au vif, ont embarqué l’un d’eux sous le fallacieux prétexte que l’homme se mêlât de ce qui ne le regardait pas et qu’il voulait leur faire la leçon.

Le paisible client n’a recouvré la liberté que tard dans la nuit. Un flagrant délit d’abus de pouvoir. Si on applaudit à la vaillance des services de l’ordre qui traquent les délinquants partout, on ne peut pas se taire sur les abus de ces auxiliaires de la loi qui se confondent souvent à la loi elle-même. Il s’y ajoute que pour nécessaires que soient ces opérations ponctuelles, elles ne sauraient se substituer à un service public permanent, bien fait, respectueux des droits de l’Homme, pour la sécurité des citoyens qui est une obligation quotidienne de l’Etat.

Source : Sud Quotidien

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