Dak’Art 2008 ou la chronique d’un échec annoncé ?

Pierre Bongiovanni est un artiste invité à Dakar ces deux dernières semaines pour réaliser un atelier massage-vidéo-cuisine, « L’envers du regard ». Il reviendra présenter le résultat de son travail à Dakar en janvier prochain. En attendant, il nous livre ses impressions très très critiques sur cette Biennale, où il semble s’être ennuyé à mourir ! Le débat est ouvert...


Ce qui est finalement rassurant en visitant la Biennale des arts contemporains africains de Dakar, c’est de constater que la situation des arts n’est ici, en rien, différente de ce que l’on peut désormais percevoir partout ailleurs, d’un bout de la planète à l’autre, de Kassel à Shanghaï. Sauf qu’ici il n’y a pas à se justifier auprès du public puisqu’il est absent.

Plus rien ne semble vouloir sortir du monde des arts : aucune idée, aucune ambition, aucune fracture, aucun tremblement, aucune vie. Ni d’ailleurs aucune joie. Rien d’autre qu’une médiocrité alanguie ou, dans le meilleur des cas (le pire ?), un cynisme désabusé. Ni crédible, ni solvable sur le marché.

Rien d’autre que la célébration des leurres, des faux-semblants, des simulacres. Pourquoi d’ailleurs faudrait-il en vouloir aux organisateurs, aux commissaires, aux critiques, aux artistes (ceux d’ici comme d’ailleurs) de ne plus incarner aucune forme de radicalité, de différence, d’opposition, voire de singularité ?

Le monde des arts est devenu semblable en tous points à tous les autres mondes dans lesquels il ne s’agit plus désormais que d’assurer sa survie à court terme (en sauvant les apparences) et en prenant le moins de risques possibles (tout en prétendant le contraire).

Le Village des arts de Dakar est l’illustration pathétique de ce constat. Une Butte Montmarte, sans la butte, sans les touristes mais avec les chevalets.

Dans un tel espace et simplement pour, au minimum, se situer à la hauteur de l’histoire de ce lieu et des enjeux économiques et politiques de l’époque, on pourrait s’attendre à ce que souffle autre chose que les poussières dispersées sans fin par le vent.

Le plus étonnant c’est que la mauvaise soupe (et servie tiède) des arts contemporains ne semble plus déranger personne alors que personne n’est dupe de la supercherie.

Ce n’est donc pas par bêtise ni ignorance que tous supportent (sans faiblir) ce qu’ils dénoncent (sans excès). Pourquoi alors ? Il n’y a pourtant plus rien à perdre puisqu’il n’y a plus rien.

Pour les optimistes jubilants, dont je fais partie, ce désastre pourrait devenir une opportunité. Car on se dit ici que cela n’est pas possible. Que tous ne sont pas complices, ni myopes, ni sourds, ni autistes. Que quelque part dans l’ombre quelques-uns préparent un putch, un coup de gueule, un acte désaxé, hors jeux/enjeux de pouvoir, hors stratégies institutionnelles, hors cadre, hors propos. Un acte qui prendra tout le monde à revers, qui ouvrira des passages dans l’espace et le temps, qui saura attirer, puis accueillir les plus féconds même et surtout s’ils parlent dans une langue encore inconnue.

Car on se dit qu’il n’est pas possible que nos médiocrités occidentales aient à ce point contaminé le cosmos et qu’ici, sans doute, et ailleurs aussi, peut-être, dans de minuscules niches reparties sur la planète, se préparent des soulèvements tranquilles qui permettent de redistribuer toutes les cartes et de changer de boussoles. Pierre Bongiovanni

Source : Wootico

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