DE la spiritualité dans le discours du rap : A chacun son inspiration


Le reggae a son Hailé Sélassié, le Hip-Hop sénégalais, ses marabouts. Voilà une ritournelle chantée par tous les rappeurs, qui ont fait de la spiritualité leur nouvelle source d’inspiration. Pour Baïdy du groupe Bidiw bou bess, la spiritualité ne doit pas soulever de problème dans le Hip-Hop. « Pratiquement, tous les gens qui nous critiquent sont des fans de Bob Marley, pourtant ses textes sont empreints de religion. Il rend tout le temps hommage à Hailé Sélassié et Marcus Garvey, et cela ne dérange personne. Alors pourquoi notre chanson devrait-elle déranger des mélomanes ? » C’est que la propension des rappeurs à évoquer Dieu dans leur texte n’est pas vue d’un bon œil par certains acteurs. On se rappelle, lors d’une émission télé locale, de l’intervention acerbe du rappeur Pacotille contre ses pairs qui « se joue ou joue avec Dieu ». Il présageait même « des lendemains obscurs » pour ces rappeurs, estimant que le rap est demeure et reste « ludique », une distraction qu’il faut éloigner du champ de Dieu. On reproche également aux artistes de reprendre des écrits et des chansons appartenant à des guides religieux à des fins musicales et commerciales. D’ailleurs, la même critique s’offusque de ces morceaux qui parlent de Dieu ou de son Prophète mixés allègrement par les animateurs lors de soirées mondaines et dans les boîtes de nuit. On se demande même comment on peut danser sur une musique qui ne parle que de Dieu, reprenant textuellement les écrits d’un guide religieux. A cet effet, Khouman du groupe Pee Froiss donne l’exemple de l’ancien rappeur du groupe Peace and peace de Mbour, lequel est passé d’une cassette purement rap à une autre 100% khassaide. Suffisant pour justifier l’ironie de Khouman qui parle du passage « du rap à rabana », faisant allusion aux rappeurs qui ne font maintenant que dans la spiritualité. « Les niveaux de perception et de compréhension sont différents », répond d’emblée Maxi Crazy. « Etre rappeur ne signifie pas forcément ignorer la religion. J’ai appris le Coran et je maîtrise les préceptes de l’Islam, je suis pieux et je crois que je suis un bon musulman, mais c’est par ma musique que j’intéresse les jeunes à Dieu. » Et puis, précise-t-il, il n’y a pas que de la spiritualité dans les albums. « Si vous écoutez bien ma dernière cassette, sur 12 titres il n’y a que deux qui parlent de Dieu, le reste parle de maux de la société, des hommes politiques, etc. » Baïdy du groupe Bidiw bou bess ajoute que le plus important, « c’est la qualité de la musique et des sonorités utilisées dans l’album ». A cet effet, il cite leur dernier single, Alah Baye très apprécié par les mélomanes du fait des instruments titillés : le tabala mauritanien et la flûte peulh. Mais Cheikh Coly alias Dady Bibson se moque de toutes les critiques. Pour lui, chacun est libre de trouver son inspiration où il veut et cela va forcément se répercuter sur ses produits. « J’écoute Babacar Thiam, Ibou Diouf, (Ndlr : des chanteurs religieux de la famille niassène) quand je suis en panne d’inspiration. Personne ne peut me le reprocher, car tous les grands musiciens ont souvent des sources religieuses. » Youssou Ndour a sorti dernièrement un album spécialement dédié aux guides religieux, Sant. Le Cd a même été nominé Grammy award, ce qui prouve la qualité du travail musical. Finalement, c’est comme si au Sénégal, le mbalakh peut tout se permettre, mais le rap lui…

Source : Le Quotidien

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