Coopté à 8 jours de la fin du Fesman : Le mouvement hip-hop de la banlieue rappe sa colère

L’Observatoire de la musique et des arts (Omart), à la demande du ministre de la Culture, Serigne Modou Bousso Léye, veut à tout prix organiser son Fesman. Son directeur Abdoulaye Guissé, a réuni au nom du ministre, les artistes de la banlieue pour les convaincre d’animer des plateaux de musique dans la localité. Des concerts sont donc prévus les 24, 25, 28 et 29 décembre prochains à Pikine et Niayes contre de modiques cachets aux artistes. A huit jours de la clôture du troisième Festival mondial des arts nègres, le ministre de la Culture Serigne Modou Bousso Léye, par ailleurs président du comité d’organisation de l’évènement, se rend compte que la banlieue n’a jusque-là, pas participé à ce « grand festin des cultures du monde noir ». Son fief, (puisqu’il habite pikine) est resté muet pendant que Dakar vibre au rythme du festival. Il a alors pris l’initiative de réparer ce préjudice en organisant pendant les prochains jours deux grands plateaux, pour marquer l’évènement. « Mieux vaut tard que jamais », justifient ses proches collaborateurs. Mais en réalité, le ministre de la Culture veut surtout faire taire les nombreux artistes de la banlieue, qui depuis le début du festival, ne cessent de rouspéter.


« Une réunion spéciale a été organisée à ce sujet avec le ministre Serigne Modou Bousso Léye, pour permettre à la banlieue de se plonger enfin dans le festival », renseigne une source bien au fait des tractations qui ont été faites ces derniers jours, pour permettre aux artistes de la banlieue de faire plaisir aux populations. Elle précise : « Les gens de la banlieue, attendaient le ministre au tournant. Car pour eux, il est inadmissible qu’il soit ministre de la Culture et que même son quartier soit privé des retombées du Fesman. » Serigne Modou Bousso Léye, a-t-il alors voulu partager la « manne du Fesman » avec sa localité pour se préserver des revers que cela peut lui coûter plus tard ? Ses plus proches collaborateurs n’ont pas souhaité réagir à cette préoccupation. Mais ce qui est évident, c’est qu’« après la réunion tenue avec quelques notabilités de la banlieue, le ministre a pris conscience de l’erreur commise par l’organisation et a ensuite décidé d’offrir à la banlieue son festival ». Une rencontre a donc été organisée à Pikine, pour rassembler les artistes de tout bord (rappeurs comme ceux faisant de la musique traditionnelle) et résident à la périphérie de Dakar, pour leur offrir quelques billets de banque contre des prestations qui auront lieu les 25 et 26, puis les 28 et 29 décembre prochains.

L’initiative a été confiée à l’Observatoire de la musique et des arts (Omart), dont le président Abdoulaye Guissé, qui a fait face hier à la presse et aux artistes de la localité, a décliné le canevas des manifestations. M. Guissé, après avoir longuement chanté des louanges à l’endroit de Serigne Modou Bousso Léye et en son absence (le ministre de la Culture avait promis aux artistes de participer à la rencontre), a indiqué qu’un plateau de musique en hommage au saxophoniste Bira Guèye et à la chanteuse Mada Thiam, réunira les 25 et 26 décembre prochains, tous les musiciens de la banlieue au Théâtre de verdure de Pikine. Un autre concert est aussi prévu pour les 28 et 29 décembre à la place Cfa, sur la route des Niayes. Mais les artistes répondront-ils réellement à ces rendez-vous ? Rien n’est encore certains. Du moins pour ce qui concerne les artistes tête d’affiche de la banlieue. Pour la simple raison que lors de la rencontre tenue hier à Pikine, le rappeur Pacotille a estimé qu’il était « anormal de donner des miettes d’argent aux artistes contre des prestations, sachant que d’autres artistes bénéficient de bons contrats en bonne et due forme ».

« Il faudrait définir ici combien vous voulez donner à chaque artiste qui va prester durant ces quatre jours », a demandé Pacotille, par ailleurs porte-parole des artistes de la banlieue, aux émissaires du ministre Serigne Modou Bousso Léye. De quoi mettre Alassane Cissé, le chargé de communication au ministère de la Culture dans tous ses états. La question dérange et ne doit pas être posée. Surtout pas en présence de la presse. Et pour réagir, le chargé de communication du ministre qui n’a pas du tout apprécié cette interpellation publique, lance aux rappeurs venus en masse à cette rencontre : « Il faut que vous les artistes, vous sachiez que c’est ce qui est là, l’argent disponible, qu’on vous donnera. On ne fera pas plus. On vous a promis des cachets. Si quelqu’un le veut, il fait sa prestation et il prend le cachet prévu. S’il y a un artiste qui trouve que ce cachet ne lui convient pas, alors qu’il ne vienne pas jouer. » Il poursuit sur un ton nerveux, « On vous a offert un plateau et vous aurez l’occasion unique de vous produire dans ce festival, pour votre propre carrière et vous trouvez à redire. Si quelqu’un ne veut pas, qu’il refuse le cachet. » Une réponse qui ne convainc pas du tout le porte-parole des artistes de la banlieue. D’après l’auteur de Taxi bu rouss, « le principe est simple. Quand on veut faire jouer un artiste, on ne lui impose pas un cachet. Mais, on lui fait des propositions. Et en commun accord, on signe un contrat final ». Ne pas ainsi faire les choses, revient à « manquer de respect à l’endroit des musiciens », renchérit le rappeur. Pour l’heure, certains jeunes artistes en quête de notoriété se sont déjà mis d’accord avec l’Omart, pour animer les différents concerts prévus dans la banlieue.

Source : le Quotidien

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