Contes et mécomptes de l’Anoci : bonnes feuilles

Contrairement aux affirmations de ses dirigeants, l’Agence nationale pour l’organisation de conférence islamique (Anoci), n’a pas dépensé 72 milliards de FCfa, pour réaliser les travaux nécessaires à l’accueil du sommet qui a eu lieu en mars 2008 dans la capitale Sénégalaise. Elle en a dépensé plus du double. Les Sénégalais exigent un bilan complet et transparent de la gestion de l’agence. Le fils du président Abdoulaye Wade Karim Wade qui a assuré cette gestion avec sa doublure, Abdoulaye Baldé, le Secrétaire général de la présidence de la République, joue à cache-cache avec eux. Tous les deux tentent d’esquiver le vrai débat sur la transparence des comptes de l’Anoci. L’auteur a reconstitué, à la suite d’une longue et minutieuse enquête, tous les détails de cette gestion. Les résultats de ces investigations permettent d’édifier définitivement les Sénégalais sur ce qui s’est réellement passé. La gestion de l’Anoci, comme le démontre amplement l’auteur, a donné lieu à un gaspillage d’argent public sans précédent dans le pays. Par exemple : pour équiper ses bureaux dans les trois étages de l’immeuble qui abrite le siège de l’Anoci à Dakar, Karim Wade a dépensé plus d’un demi-milliard de FCfa (750 millions de FCfa). Ses dépenses de communication dans les pays du Golfe ont coûté 500 millions de FCfa aux contribuables sénégalais en quatre ans d’existence de l’Anoci. La Gazette publie les bonnes feuilles de l’ouvrage qui paraît ce vendredi 15 août 2009, simultanément à Paris, chez l’harmattan et à Dakar, aux Editions Sentinelles.


Non, l’Anoci n’a pas utilisé 72 milliards de FCfa pour les travaux réalisés dans Dakar. Elle en a dépensé beaucoup plus. Elle en a dépensé au moins le double. A cet égard, il importe de distinguer le coût des travaux initiés dès l’ouverture des chantiers, et des autres relatifs à des prestations liées aux travaux de base et de toutes les autres dépenses diverses générées par l’organisation du sommet.

Nous parlons ici, de toutes les dépenses ordonnées par l’Anoci, même si les contrats y afférents ont été signés par d’autres responsables de l’Etat, comme des ministres et autres fonctionnaires. De ce point de vue, nous sommes à même de dire que l’Anoci a dépensé pour l’organisation de la conférence islamique une somme totale de 205 milliards 211 millions de FCfa. Nous avons pu reconstituer toutes ses dépenses, en épluchant les comptes présentés dans le rapport de contrôle de gestion de l’Agence, dans celui lu par le Directeur exécutif de l’Agence devant le Conseil de surveillance lors de la clôture de l’exercice 2006. Nous y sommes également arrivés en examinant le budget de l’exercice 2008, tel qu’adopté par le Conseil de surveillance en octobre 2007. Nous avons aussi pu avoir accès au rapport 2006 du commissaire aux comptes de l’Agence (Cagec Suarl), présenté le 31 décembre 2006.

Nous avons obtenu copie de l’ensemble de ces documents et avons travaillé et rédigé cet ouvrage à la lumière des données disponibles. Nous avons à cet effet consulté le site officiel de l’Autorité de régulation des marchés publics. En examinant ce site, nous y avons relevé, pour la seule année 2008, un nombre total de 41 contrats divers signés par divers ministères de l’Etat et le Secrétariat général de la présidence de la République, concernant des travaux divers et des prestations réalisés pour le compte de l’Anoci. Enfin, nous avons interrogé plusieurs personnes, des hauts fonctionnaires de l’Etat, en affectation à l’époque de l’organisation de la Conférence islamique ou dans les différents ministères, à la présidence de la République et même à l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique (Anoci). Pour compléter le tableau, nous avons procédé à plusieurs recoupements et à des lectures comparées, entre des documents (décrets de virements de crédits), signés de la main du chef de l’Etat et accordant plusieurs milliards de fonds à l’Anoci.

De cette moisson fructueuse, nous avons rédigé cet ouvrage. C’est dire que ce livre a été essentiellement informé sur la base de documents officiels que l’Anoci elle-même a préparés et adoptés et des documents fournis par l’Etat. Aucune esquive possible, car ce sont les chiffres de l’Agence qui sont rapportés dans cet ouvrage. Nous avons pu collecter beaucoup d’informations, à partir des recoupements de dépenses, opérés de façon méticuleuse, relativement à plusieurs réaffectations de crédits concernant les années 2007 et 2008. Les informations obtenues de ces sources officielles font apparaître des transferts massifs de crédits ordonnés pour payer d’importantes dépenses ordonnées sur la base de nouvelles prestations générées par la signature de plusieurs avenants aux contrats de base signés, en faveur des entreprises, ayant eu en charge les travaux de l’Anoci.

Les 205 milliards 211 millions de FCfa de dépenses effectives et réelles de l’Anoci comportent un chapitre ou une composante nommée : « Aménagement des bureaux du siège de l’Anoci ». Ce poste a englouti la somme de 750 millions de FCfa. Celle-ci a servi à l’aménagement des bureaux du président du Conseil de surveillance, M. Karim Wade, et à l’équipement des bureaux de ses collaborateurs. Ils ont été logés aux 1er, 2e et 3e et 10e étages de l’immeuble Tamaro. C’est cela que les dirigeants de l’Anoci n’ont pas voulu dire aux parlementaires. C’est aussi cela que Messieurs Karim Wade et Abdoulaye Baldé tentent de cacher. Ils ne le diront jamais. Sauf contraints et forcés.

L’ESQUIVE PEU ASTUCIEUSE DE L’ANOCI

L’Anoci se félicite, comme le note le communiqué de presse publié à l’issue de la réunion de son Conseil de surveillance, d’être la seule structure officielle, depuis que le Sénégal existe, ayant été mise en place pour organiser un sommet, à avoir régulièrement rendu compte du déroulement de sa mission. On peut cependant lui rétorquer que le compte-rendu qu’elle a fait de cette mission, projette encore plus d’ombre sur sa gestion, qu’elle n’apporte de lumière et de réponses aux nombreuses questions que les Sénégalais se posent, sur ses dépenses et sur l’utilisation de l’argent public. C’est mentir que de dire que c’est la première fois qu’un organe de l’Etat rend compte, comme l’Anoci l’a fait, à propos d’une tâche qui lui a été confiée.

C’est aussi mentir que de tenter de faire croire au peuple que la réalisation des chantiers ouverts à la veille de la Conférence islamique a coûté 101 milliards de FCfa. Dans les faits, ces réalisations ont coûté beaucoup plus que le double des sommes ainsi avancées. C’est l’audit effectué par les auditeurs de l’Anoci et le rapport du contrôle de gestion qui l’établissent de façon formelle. Une autre source indique également le contraire. En effet, l’analyse opérée sur les virements de crédits notés dans les budgets 2007 et 2008, infirme les affirmations de l’Anoci. Ces virements de crédits ont dégagé d’importantes sommes d’argent qui ont été consacrées aux investissements de l’Agence. Plusieurs contrats éclatés dans le budget de plusieurs départements ministériels ont aussi permis l’exécution de nombreuses dépenses pour le compte de l’Agence.

(….)Avec des chiffres tirés de l’audit réalisé par le cabinet Cice dans son rapport de contrôle de gestion, cet ouvrage essaie de corriger les dirigeants de l’Anoci. Le nom de ce cabinet a été souvent mentionné dans les différents documents de l’Anoci. Il a été en effet souvent évoqué pour donner crédit aux affirmations des dirigeants de l’Agence. La vérité est que ces dirigeants prennent les Sénégalais pour ce qu’ils ne sont pas : des demeurés qui peuvent tout avaler. Quand on lit bien le communiqué diffusé au lendemain de la réunion du Conseil de surveillance, on reste frappé par la parade de ses dirigeants consistant à dire que nous n’avons pas géré directement les sommes payées aux entreprises qui ont réalisé les travaux. Et d’ajouter implicitement : on ne peut donc en dresser un bilan. Allez donc le demander au ministère de l’Economie et des finances qui l’a fait à notre place. C’est tout de même facile ! Tous les honneurs à nous. Et les problèmes qui jettent le déshonneur aux autres. C’est bon d’être fils de chef !

Tout le monde sait que les choses se sont déroulées autrement. C’est l’Anoci qui a ordonné toutes les dépenses payées par le ministère de l’Economie ou par un autre ministère technique. Et plusieurs ministères ont été sollicités à cet égard. En plus d’avoir fait ordonner les dépenses payées, l’Anoci a piloté les chantiers, choisi les entreprises et validé toutes les dépenses décidées par elles. Mieux ou pis, c’est l’Anoci, elle-même, qui a fixé le volume des travaux et décidé de toutes les opérations qui ont amené l’Etat à consacrer des sommes d’argent faramineuses à ses travaux. Et les résultats auxquels ont abouti les chantiers ouverts sont plus ou moins douteux. De nombreux techniciens estiment que les travaux réalisés présentent des garanties très peu fiables dans le moyen et le long terme.

Comment l’Anoci peut-elle croire que les Sénégalais accepteront d’avaliser son argumentaire et lui donner quitus de sa gestion ? Elle se décharge, se défausse plutôt et sans élégance sur les autres, en particulier sur le ministère de l’Economie et des finances, pour tenter ainsi de réduire sa responsabilité dans sa propre gestion à un strict minimum. Le communiqué de l’Anoci affiche une satisfaction totale de ses dirigeants, quant à la réussite notée dans leur tâche de mobilisation de ressources étrangères, arabes en particulier. En réalité, le triomphalisme affiché tente de masquer un échec cuisant à cet égard. L’Organisation de la conférence islamique à Dakar a saigné le Trésor public et a accéléré la crise financière dans laquelle se débat aujourd’hui le Sénégal.

Les avances de fonds et autres moyens de contournement des règles budgétaires ont coûté à l’ancien ministre délégué au Budget son poste et expliquent également, en partie, la démission de l’ancien ministre Abdoulaye Sow, son successeur à ce département. Les avances de fonds ont entraîné d’importants dépassements budgétaires. Ceux-ci n’ont jamais été aussi massifs et aussi généreux, en dépenses publiques. Quand l’Anoci a assailli les finances publiques pour l’achèvement de ses travaux, on n’a jamais vu pareil, en termes de dépense. La gestion budgétaire a été une catastrophe jamais égalée dans ce pays, en termes de gaspillages et de dépenses non réfléchies. Rien n’est moins faux que cette prétention de l’Anoci :

« Les membres du Conseil de surveillance ont relevé le souci constant de l’Agence de se faire contrôler régulièrement par le Conseil de surveillance, par les organes de contrôle de l’Etat … ».

Si ce contrôle était effectif, comment s’expliquer alors qu’on ait laissé dépenser la bagatelle de 750 millions FCfa pour aménager les bureaux du président de l’Anoci au dixième étage de l’immeuble Tamaro qui abrite le siège de l’Agence ? Avec des documents, nous examinerons plus loin la nature des dépenses effectuées, leur volume, les prestations payées et dans quelles circonstances elles l’ont été. Nous dirons le total ahurissant des sommes que l’équipe dirigeante de l’Anoci a dépensé pour procéder à l’aménagement de leurs bureaux. Cette équipe a tout de même eu la décence de ne pas le révéler elle-même. Nous le faisons à sa place.

NEUF CHANTIERS SUR LE DEPART

Au total, neuf chantiers devaient être ouverts, selon le programme ambitieux qui a été présenté à l’Anoci à la première réunion du Conseil de surveillance. Chaque chantier correspondait à des travaux précis et à des sites identifiés dans l’ensemble de la ville de Dakar. De tous les chantiers prévus, seuls trois seront effectivement ouverts. Rappelons les travaux concernés au départ, avant de dresser le total bilan de ce qui a été réalisé. Au départ, l’Anoci devait construire et aménager les chantiers ci-après listés :

«  1) : Elargissement et Aménagement de la Corniche ouest à Dakar y compris la construction d’un tunnel à Soumbédioune et de trois trémies (passages souterrains au niveau de Stèle Mermoz (Cabinet Atépa), de l’avenue Frobenius (Fann résidence) et de la place du millénaire ; 2) : construction de la route Stèle Mermoz-Mosquée de la divinité-Pharmacie Mamelles : il s’agit, ici, de construire un ouvrage d’art et cinq giratoires ; 3) : réhabilitation et extension de la Voie de dégagement nord (Vdn). Ce chantier prévoit la construction de trois intersections dénivelées aux carrefours : Bourguiba, ancienne piste 2 fois 2 voies Liberté 6 ; 4) : élargissement et aménagement de la route de Ouakam avec la construction de cinq intersections dénivelées ; 5) : construction du prolongement de la route 2 fois 2 voies Liberté 6-dispensaire Philippe-Maguilène-Senghor ; 6) : Elargissement et aménagement de la route de l’aéroport LSS-site (Mamelles) y compris la bretelle de l’hôtel-Méridien et la corniche des Almadies ; 7) : construction de la route Virage-Route de l’aéroport. » D’autres chantiers ont été également prévus pour rendre le centre ville de Dakar plus conforme à l’image que l’on veut offrir aux hôtes de l’Etat. Les avenues très peu adaptées à la circonstance, les rues, boulevards et routes renvoyant l’image d’une ville dégradée doivent changer avant le sommet. C’est ainsi que d’autres travaux ont été envisagés dans tout le centre ville de Dakar. Ces travaux se décomposent ainsi qu’il suit : « 8) : Réhabilitation des Boulevards de la République et de la Libération, des Avenues Léopold-Sédar-Senghor, Nelson-Mandela, Pasteur-Roosevelt, et des Diambars ; 9) : construction de la route Avenue Lamine-Guèye-Gare ferroviaire (place du tirailleur) avec des ouvrages spéciaux. » Au départ, le programme arrêté par l’Anoci était plus qu’ambitieux. Il s’est révélé à l’arrivée quelque peu modeste. En définitive, à peine un tiers des travaux a été réalisé par l’Agence. Cet échec relatif explique en partie la décision du chef de permettre à son fils, dans le cadre de la délimitation des pouvoirs de son énorme ministère, d’avoir la haute main sur les infrastructures. Cela lui donnera les moyens de continuer de régir tout ce qui est construction de routes et autres au Sénégal .Tous les financements attendus au cours des prochaines années, pour le développement de ce secteur sensible et gourmand en investissements seront gérés directement par le fils du chef de l’Etat.

LE TAUX DE REALISATION

Finalement, l’Anoci n’aura réalisé un an après la tenue de la Conférence islamique qu’un tiers des projets arrêtés. En vérité, sur les neuf chantiers identifiés au départ, seuls deux ont été achevés : Corniche ouest et Mosquée de la divinité. Et encore ! LA Vdn est à peine achevée, les passerelles prévues restent à faire. Le chantier Patte-d’oie-Aéroport a été à l’origine un projet de l’Agence pour les travaux publics (Aatr). Après l’achèvement du premier tronçon de l’autoroute, l’Agence avait estimé qu’il était logique de prolonger, dans les mêmes perspectives, ce qui venait d’être fait vers la direction de l’aéroport. Pour les techniciens et responsables de l’Aatr, cette logique s’imposait d’autant plus que la construction de l’autoroute à péage, donnait un sens au projet global de modernisation des axes routiers dans tout ce secteur de la ville. La nouvelle autoroute à péage dont la construction était envisagée ouvrait des perspectives harmonisées sur l’ensemble du parcours, à la fois dans les sens nord et ouest de l’ensemble du tracé.

A peine entamée dans le sens Patte-d’oie-Aéroport Léopold-Sédar-Senghor, le projet a été récupéré par l’Anoci. Il s’agissait sûrement pour elle d’étoffer l’actif dans le bilan de la Génération du concret. Rappelons que son chef de file se préparait pour prendre la mairie de Dakar et éventuellement le pays, drapé du manteau de constructeur. Depuis le 22 mars 2009, on sait que les électeurs en ont décidé autrement.l

CORNICHE OUST : A L’ORIGINE, C’ETAIT UN MARCHE DE 22 MILLIARDS

Le marché de la Corniche ouest qui part de chez Atépa Technologie (Place de la Bienvenue, pour respecter l’appellation préférée du président de l’Anoci), jusqu’à l’ex-Tribunal régional de Dakar (Bloc des Madeleines), a été le premier chantier lancé en grandes pompes par le chef de l’Etat lui-même. Les travaux concernaient une distance totale évaluée à 7 kilomètres linéaires pour un coût global hors taxe de 22 milliards de FCfa. C’est le Sénégal qui paie dans son budget consolidé d’investissement la somme de 3 milliards de FCfa représentant sa contrepartie et les diverses taxes afférentes. En réalité, le Trésor public décaissera beaucoup plus que cela, car il y a eu des marchés additionnels signés pour assurer l’aménagement, la décoration et l’embellissement des sites. L’Etat du Sénégal aura dépensé au moins 21 milliards de FCfa. L’exécution du marché de la Corniche ouest a connu d’importants dépassements budgétaires. A l’arrivée le chantier aura coûté 40 milliards 028 millions On peut lire dans le document d’audit de l’Anoci :

« Le Fonds Koweitien, pour la partie hors taxes : 18 870 000 000 FCfa. Le Budget Consolidé d’Investissement, pour les taxes : 3 904 632 033 de FCfa. Soit un Total de 22 774 632 033 FCfa. L’Etat du Sénégal a pris en charge l’ensemble des taxes initiales et additionnelles dans le cadre du Bci. En cours d’exécution et sur recommandations pertinentes des partenaires techniques (Onas, Aatr, Cetud), le projet a connu des aménagements et des adaptations techniques qui ont entraîné une augmentation du budget initial. »

Le rapport d’audit continue les explications et fournit des éclairages sur les importants dépassements budgétaires intervenus au cours de l’exécution du marché. En fait, ces dépassements constituent une marque dans la conduite des travaux de l’Anoci. De ce point de vue, le marché de la Corniche Ouest détient le record absolu. Le rapport indique.

« La modification du profil en long du tunnel pour passer sous le canal de Soumbédioune a entraîné un surcoût pour la réalisation de l’ouvrage. Ce surcoût est dû essentiellement à la mise en œuvre de techniques pour garantir la solidité et la sécurité de l’ouvrage. Les parois moulées et les barrettes doivent être ancrées à des profondeurs de 17 à 22 mètres, pour une surface utile de 10 mètres. Il faut également ajouter les techniques de réalisation. La proximité de la mer, donc de la nappe phréatique à fleur de chaussée va entraîner la mise en œuvre d’une panoplie d’ingéniosité et de technicité pour vaincre le défi de la profondeur. Le coût du tunnel après les études approfondies est estimé à 9 802 204 286 FCfa, toutes taxes comprises. »

LES DEPENSES ADDITIONNELLES SUR LA CORNICHE OUEST

(…) Nous disions dans nos développements précédents que d’importantes dépenses additionnelles ont été, en dehors du marché de base initial, effectuées sur la Corniche ouest. Ces dépenses sont relatives aux travaux d’aménagement et de décoration des édifices construits sur la Corniche. Sur ce chapitre, les informations relevées montrent que de nombreux marchés ont été éclatés dans les budgets de plusieurs ministères techniques et dans celui de la présidence de la République (Secrétariat général de la présidence). Les informations obtenues à ce sujet indiquent que les aménagements paysagers, embellissements et autres décorations réalisées sur la corniche ont coûté la somme faramineuse de 3 358 475 760 de FCfa. Ces montants d’argent ont été collectés pour ce qui concerne les décorations et l’embellissement de la corniche, du ministère de l’Urbanisme (Direction de la construction) pour : 86 177 642 de FCfa (décoration trémie située à la sortie de l’Avenue Frobenius), 73 281 030 de Fcfa, décoration trémie Malick Sy, 90 948 000 de FCfa. La décoration trémie Malick Sy a été facturée deux fois : une première fois (86 177 642 de FCfa), les fonds ont été tirés du budget du ministère de l’Urbanisme et une deuxième fois, pour un montant de 502 626 239 de FCfa du budget du secrétariat général de la présidence de la République.

Au total, les décorations posées sur les ouvrages de la corniche ont coûté au contribuable sénégalais la somme de 623 000 000 de FCfa. On cherche en vain, dans toutes les décorations réalisées sur les ouvrages construits sur la Corniche ouest, qu’est-ce qui peut bien coûter autant d’argent. Venons-en à la réalisation des trottoirs de la Corniche. Ce marché a été traité en dehors des prestations fournies par Cde. Cela nous paraît bizarre. En tous les cas, cet aménagement a été facturé à l’Etat du Sénégal pour un montant global de 2 547 730 233 de FCfa.

LES TRAVAUX SUR LA VDN ONT COUTE 27 MILLIARDS

De manière générale, les marchés concernant les travaux de la Vdn ont tous été passés avec toutes les apparences de légalité et de conformité aux règles prévues à cet effet par la loi. Là, comme ailleurs (dans le cas des marchés de la Corniche ouest), c’est l’entente établie entre entrepreneurs sur recommandation expresse du palais de la République qui a prévalu dans la procédure d’appel d’offres. Nous avons suffisamment expliqué, au cours de nos développements précédents, les conséquences et mis en évidence les effets pervers de cette entente illégale et illicite. Au 31 mai 2007, le projet avait connu un niveau d’exécution qui laissait voir des retards considérables dans la conduite des travaux. Prévu pour durer dix mois, les travaux ont duré plus de 18 mois (…) Le rapport des auditeurs de l’Anoci explique que le contrôle des travaux s’est fait par des entreprises étrangères choisies par appel d’offres qui a été validé par le bailleur de fonds lui-même, en l’occurrence la Banque Islamique. Et cela à la suite d’une manifestation d’intérêt. Une enveloppe globale, hors Tva, de 17 348 266 000 de FCfa a été dégagée pour les travaux de la Vdn.

Pour le contrôle de ces travaux, on a établi, le 15 mars 2005 une liste restreinte de neuf (9) bureaux d’études des pays membres de la Banque islamique, arrêtée d’un commun accord avec la Banque. Au final, sept offres sont parvenues aux responsables de l’Anoci. C’est la société malienne Cira Sarl qui a été retenue, suite à l’évaluation des propositions techniques et financières, après avis de non objection du bailleur de fonds. Le rapport publié par les auditeurs de l’Anoci précise que le délai écoulé, entre la date de lancement et celui de l’adjudication du marché, a été de 5 mois et 25 jours. Le marché a finalement reçu l’approbation de la Cnca le 20 mars 2007 et celle du Premier ministre le 10 avril. Ce marché de contrôle a coûté à l’Etat la somme de 464 718 794 de FCfa (Ttc). Ce montant a été intégralement pris en charge par la Banque islamique de développement (Bid), elle-même. Au total, le marché de la Vdn à l’origine attribué pour un montant global de 19 956 803 749 de FCfa.

Celui-ci a été rapidement ajusté pour s’établir à 27 552 340 297 de FCfa, avec la signature d’un avenant de 6 milliards de FCfa et avec la conclusion d’un autre marché de plus de 1,2 milliard de FCfa. L’avenant signé avec la Cse estimé à un peu plus de 6 milliards de FCfa n’a jamais été autorisé ni régularisé d’ailleurs, jusqu’au moment où les auditeurs ont déposé leur rapport. En vérité, l’audit ne procède qu’à un relevé monographique et chronologique des dépenses effectuées et à les nommer. Cet audit est cependant loin d’être inutile, car il révèle des extravagances qui suffisent à elles seules pour confondre les gestionnaires de l’Agence et tous les membres de son Conseil de surveillance qui ont laissé faire et osé donner quitus de cette gestion. Un an après la fin des travaux, les responsables de l’Anoci affirment que les objectifs assignés à ce projet ont été, largement atteints. Ces derniers ne se montrent pas peu fiers de leur œuvre. Aussi, écrivent-ils dans leur rapport d’audit :

« De toutes les réalisations proposées par l’Anoci, celles qui l’ont été sur la Corniche à la hauteur de la Mosquée de la Divinité sont sans aucun doute les plus réussies, en terme esthétique. Le projet a été financé par le Budget consolidé d’investissement (Bci), pour un montant de 15 545 130 809 de Fcfa Ttc, pour les travaux et 656 729 000de FCfa pour le contrôle, mobilisable sur trois ans et portant en principe sur deux tronçons. »

LES CHANTIERS DE LA MOSQUEE DE LA DIVINITE

A l’origine, ce marché attribué à Fougerolles devait coûter à l’Etat du Sénégal la somme totale 17 550 692 117 FCfa. Là aussi, les dépassements budgétaires notés dépasse l’entendement et défient le bon sens en matière de gestion et de rigueur dans la garde des deniers publics. Des dépenses additionnelles importantes ont porté les coûts de départ à 25 097 481 246 de FCfa. Un avenant de plus de 7 milliards de FCfa a été signé le 22 février 2008 (entente directe : Anoci-Fougerolles), une autre entente directe signée entre l’Anoci et Apave Sahel qui a assuré le contrôle de la construction de ce tronçon a ajouté un montant de 162 899 000 de FCfa sur la facture payée par l’Anoci. La décoration du giratoire situé à la hauteur du quartier fenêtre Mermoz et celle du Pont de la Mosquée ont ensemble coûté la somme de 112 000 000 de FCfa. Soit une moyenne de 55 000 000 de FCfa par ouvrage. La décoration du giratoire de la Mosquée de la Divinité a coûté 53 000 000 de FCfa. Ce petit monument situé en face de la Mosquée surmonté d’un petit monticule en plâtre a coûté un total de 53 millions de FCfa. Il y a lieu de croire que les artistes qui ont eu la chance d’avoir été choisis, pour participer à la décoration des ouvrages de l’Anoci, ont fait de bonnes affaires. Il s’agit en particulier des artistes : Soly Cissé (112 496 541 de FCfa) pour assurer la décoration du giratoire (Ba 160) et du Pont de Ouakam, Alassane et Codé Diouf (53 100 000 de FCfa), pour la décoration du giratoire de la Mosquée de la Divinité.

L’argent payé à ces artistes a été prélevé sur le budget du ministère de l’Urbanisme (Direction générale de la Construction). La construction, l’aménagement paysager et l’embellissement des 4,3 km a coûté un total de 25 097 481 246 de FCfa. Le pourquoi et le comment de ces montants faramineux n’ont jamais été expliqués aux Sénégalais. Pouvaient-ils l’être ? Ceux qui en sont les principaux responsables ont eu du mal à le faire. Au départ, ils se sont présentés à nous comme d’intrépides bâtisseurs ou comme des constructeurs avertis (sic).

A l’arrivée, ils se sont révélés être de véritables gaspilleurs d’argent public. Sans pouvoir établir la preuve d’un enrichissement personnel, au bénéfice d’un seul responsable de ce gaspillage d’argent public sans précédent dans notre pays, force est de reconnaître aujourd’hui que les auteurs de ce gaspillage organisé sont tout sauf de bons gestionnaires, soucieux avant tout d’utiliser de façon rationnelle les deniers de la nation confiés à leur garde. Que feraient-ils de leurs pouvoirs, si par un extraordinaire coup du sort, par un incroyable laxisme des Sénégalais, cette équipe qui a géré l’Anoci devait se retrouver à la tête de l’Etat ? La gestion de l’Anoci permet de mettre à nue la carence et le manque d’expérience avérée en matière de gestion de l’équipe dirigeante de l’Agence.

PATTE D’OIE-AEROPORT : COUTS ET CONSISTANCE DU MARCHE

C’est le 06 mai 2006 que le marché de ce tronçon a été ouvert par la signature d’une Convention entre l’Etat et la compagnie Fougerolles. A l’origine, ce projet avait été initié par l’Agence pour les travaux routiers (Atr). Le rapport d’audit de l’Anoci reste très discret sur le détail de l’exécution de ce projet. De sources dignes de foi, nous avons cependant appris que si le marché a été à l’origine fixé à un montant global de 17 932 094 031 de FCfa, à l’arrivée, l’Etat a finalement payé pour la bagatelle de 28 milliards. Soit le double presque des montants signés au départ avec l’entreprise qui a réalisé les ouvrages. Il s’y ajoute que les travaux sur cette route ne sont pas encore achevés ni réceptionnés. Manifestement, il reste au moins une à deux couches de pavés à réaliser sur ce tronçon qui présente à certains endroits de réels dangers pour les automobilistes. Les travaux prévus pour les besoins du système d’assainissement des quartiers environnants sont inachevés et présentent des inconvénients, voire des dangers réels pour les usagers de la circulation.

En réalité, les ouvrages réalisés sur ce tronçon portent en eux-mêmes l’amateurisme et de l’insouciance des responsables de l’Anoci. Ces derniers n’ont jamais su gérer de façon clairvoyante les travaux qui leur ont été confiés sur cette route. Il reste à exécuter au moins 10 à 20 % des travaux prévus sur ce tronçon, avant qu’il ne puisse être réceptionné dans les règles de l’art. Fougerolles n’a que faire de l’état de la route et des états d’âme des usagers qui l’empruntent. Elle attend sûrement d’être payée, pour terminer les travaux. Pourtant beaucoup de milliards ont été déjà engloutis dans ce projet. Un véritable gâchis que les Sénégalais ont toujours du mal à expliquer. Les autorités de l’Anoci sont, elles, passées à autre chose et n’en ont rien à cirer.

THIES, ANOCI : DANS LA LOGIQUE DE LA DEMARCHE DE L’IGE

Une comparaison établie entre les travaux réalisés à Thiès et ceux que l’Anoci qui a engagés dans la capitale n’est vraiment intéressante et instructive que dans la mesure où on fait l’effort de replacer toutes les données chiffrées concernant Thiès et Dakar, dans la perspective et dans la logique dans lesquelles l’Etat s’était inscrit, pour faire évaluer les chantiers ouverts dans la commune de l’ancien Premier ministre. Dans cette ville, les travaux consistaient d’abord à agrandir l’Avenue Caen (une route déjà existante), sur une distance de 2,8 km. Ces travaux ont été réalisés par l’entreprise Jls, pour un montant global de 1,727 milliard de FCfa, soit une moyenne de 0,617 milliard de FCfa par kilomètre de route élargi. Les travaux concernaient également la construction du Boulevard de Nguinthe, sur une distance de 2,6 km, pour un coût global de 3,804 milliards de FCfa, soit une moyenne de 1,463 milliard de FCfa par km de route construit.

Un troisième chantier ouvert concernait la Voie de contournement nord (Vcn) qui permet aujourd’hui de contourner l’agglomération Thiéssoise, pour remonter sur la nationale 1, à la sortie de cette même ville, en direction de la ville de Saint-Louis. Il s’agit là d’une nouvelle route longue d’une distance de 10,8 km. Elle a été réalisée par Jls, pour un coût global de 6,800 milliards de FCfa, soit un coût moyen par km construit de 0, 630 milliards de FCfa. En définitive, l’entreprise Jls devait réaliser de nouvelles routes ou en élargir sur une distance totale de 16,2 km. Les travaux ont été globalement livrés pour un coût de 12,6 milliards de FCfa. Soit une moyenne globale de 0,760 milliard de FCfa par km.

Après les travaux, avant même la réception des ouvrages, le chef de l’Etat, dans le cadre d’un règlement de comptes politiques engagé contre son ancien Premier ministre, Idrissa Seck, a envoyé l’Inspection générale d’Etat pour aller vérifier l’effectivité des dépenses annoncées et leur volume. La mission devait faire une telle vérification pour savoir si tout avait fait dans les règles de l’art et en respectant l’orthodoxie budgétaire. L’Inspection générale a alors désigné des experts, pour l’aider à forger son opinion.

A la suite de cette expertise technique, l’Ige en est arrivée à la conclusion que les marchés de Thiès, en particulier le marché de la Vcn, avaient été surfacturés. A la lumière des conclusions des experts désignés, l’Ige a considéré qu’il y avait dans le cadre précis de la Vcn une surfacturation de l’ordre de 6,1 milliards de FCfa, sur l’ensemble des 16,2 km livrés à l’Etat à Thiès. L’Ige a établi une base de calcul à partir de laquelle elle a estimé que le coût moyen au km vendu à l’Etat à 0,630 km aurait normalement dû coûter 0,383 milliard de FCfa. C’est sur cette base de calcul que l’Inspection générale d’Etat a évalué la surfacturation globale à 6,1 milliards de FCfa. Le chemin conduisant vers la prison a été ainsi balisé pour Idrissa Seck et son « complice » Bara Tall. L’Inspection d’Etat a écrit dans son rapport que pour les 6,8 milliards de FCfa dépensés pour faire les 10,8 km de la Vcn à Thiès, on pouvait faire 80 km de routes neuves. On se souvient que l’ancien ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom, expliquant les raisons pour lesquelles Idrissa Seck avait été interpellé par la polie avait laissé entendre que :

« Les dépenses effectuées pour réaliser les chantiers de Thiès constituaient un crime économique ».

Venons-en maintenant aux chantiers de l’Anoci pour voir ce que cela aurait donné en termes de surfacturation, si la même base de calcul proposée à Thiès par l’Ige, leur avait été appliquée. Les travaux de l’Anoci ont essentiellement concerné trois chantiers. Un premier tronçon sur une distance de 7 km à élargir a été réalisé par l’entreprise Cde pour un montant global de 40,028 milliards de FCfa (Corniche-Madeleine-Atépa), une moyenne de (5,718 milliards de FCfa) par km de route élargie). Un deuxième tronçon de route neuve à construire, sur une distance de 4,3 km, a été confié à Fougerolles qui l’a réalisé pour une valeur globale de 25,097 milliard FCfa, entièrement financé par le budget national. Soit une moyenne de 5,837 milliards de FCfa par km de route construit.

Le troisième chantier consistait en l’élargissement de la Vdn, sur une distance de 6 km, pour une valeur globale de 27,552 milliards de FCfa. Ce chantier a été exécuté par Cse, pour une moyenne de 4,592 milliards de FCfa le km de route élargi. Ainsi, pour 14 km de routes élargies et 4,3 km de routes neuves construites, l’Etat a dépensé un total de 92,677 milliards de FCfa dans le cadre des chantiers réalisés par l’Anoci, soit une moyenne de 5,537 milliards de FCfa par km de routes élargies et nouvellement construites. Si l’Ige vérifiait les dépenses effectuées dans le cadre des chantiers de l’Anoci, on ne parlerait certainement plus des « surfacturations » de Thiès.

CONCLUSION

Après avoir enquêté en profondeur sur le système Anoci, je suis davantage plus convaincu que la primauté du citoyen doit irriguer tout système politique et démocratique. La participation du citoyen, de façon effective et active, prouve son engagement au sein de la communauté. Elle constitue surtout une garantie contre des abus comme ceux qui ont rythmé la gestion de l’Anoci. Cette participation établit également sa responsabilité au sein de la communauté de son pays. Pour l’avoir oublié ou négligé, notre pays n’a pas su se mettre à l’abri des faits graves constatés dans la gestion de l’Anoci et d’autres dossiers. Et que nous dénonçons Nous n’arrêterons jamais de dénoncer ces manquements. Soyons clairs : la corruption se nourrit du silence, elle s’entretient par le désintérêt du citoyen par rapport à la chose publique.

Elle prospère surtout par la démobilisation ou par la marginalisation des citoyennes et des citoyens. Le rôle de l’information est fondamental pour lutter contre ce fléau. Elle est vitale pour élargir les espaces de la transparence et de l’intégrité. Pour combien de temps encore le Sénégalais qui a toujours été ignoré par des régimes arrogants sortira-t-il de son ghetto de simple sujet mineur pour devenir un citoyen debout ? La question mérite d’être posée, avec gravité d’ailleurs, au moment où les plus informés d’entre nous se scandalisent, face au bilan présenté par l’Anoci. Puisse la lecture de cet ouvrage aider à voir plus clair dans la nébuleuse Anoci.

Ce qui s’est passé entre 2004 et aujourd’hui heurte les consciences les plus assoupies, insulte l’intelligence de la majorité des Sénégalais. Il urge donc de travailler à la réhabilitation de l’entité individuelle que représente le citoyen dans son contexte socio-économique. Cette réhabilitation est indispensable pour légitimer tout régime démocratique, car elle constitue une garantie contre des cas de gestion comme celle décrite dans le cadre de la conduite de la mission de l’Anoci. L’Agence prétendait être en route pour le sommet. Au finish, elle a plongé dans un gouffre à milliards.

source : La Gazette

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