Conference « Le Senegal s’indigne ? » au Goethe Institut

Quand les artistes annoncent le changement des valeurs et des mentalités

« Le Sénégal s’indigne ? Images et chants d’une révolte démocratique ». C’est l’intitulé d’un débat qui a réuni, vendredi dernier, des intellectuels sénégalais et des personnalités du monde culturel au Goethe Institut. Cette rencontre s’est intéressée à l’influence que les jeunes ont exercée sur la politique au Sénégal au cours de ces derniers mois.


L’influence qu’exerce la jeunesse sur la politique est en règle générale faible, en Afrique comme en Europe. Cependant, il en a été différemment, ces derniers mois au Sénégal, avec l’apparition du mouvement de jeunes « Y en a marre », indique en introduction les organisateurs d’une rencontre- débat au Goethe institut, vendredi soir. « C’est avec passion, patience et discipline que les jeunes se sont engagés et mobilisés autour d’une vision plus morale de la politique. Après des années d’espoirs déçus, ils ont donné un nouvel élan à la culture politique sénégalaise, à l’esprit républicain », souligne cette introduction en posant des questions. Quelles vont être les conséquences de l’apparition de ce mouvement et existe-t-il quelque chose de comparable en Europe ? La conférence sur le thème « Le Sénégal s’indigne, images et chants d’une révolte démocratique », organisée vendredi au Goethe institut, résonne comme un appel à l’émergence d’une société qui prend plus conscience de l’homme et de sa fragilité dans l’environnement d’aujourd’hui. Comme un cri du cœur, les conférenciers ont pointé du doigt le régime libéral qui a perdu l’élection présidentielle le 25 mars dernier. « Comment peut-on habiter dans un quartier comme Khar Yalla ? » a d’abord ironisé le rappeur Thiat du Mouvement « Y en a marre ». « Khar Yalla » que l’on peut traduire en wolof : « S’en remettre à Dieu ». « Nous ne demandons rien ; seulement, nous exigeons des institutions fortes, des principes de bases respectés. Nous ne voulons pas de miracle », a dit le rappeur Didier Awadi. Le musicien, à l’endroit du nouveau président Macky Sall, n’exige pas de baguette magique. « Nous nous battons pour le changement. Nous ne rêvons pas. Le président peut poser des actes forts : par exemple, j’ai entendu que la cérémonie de passation de service se tiendra dans un hôtel de la place ; ça c’est faire preuve d’humilité », a indiqué Didier Awadi. « Il y a urgence. Nous voyons des gens qui tendent la main ; des personnes qui s’habillent correctement et qui vont quémander », a laissé entendre le rappeur.

Influence de la jeunesse sur la politique Etant en phase avec Awadi, Thiat souligne sans détours : « Nous ne le (à propos de Macky Sall) laisserons pas faire. Le président Abdoulaye Wade avait organisé la cérémonie d’investiture dans un stade, en mettant les couleurs de son parti. Quelques jours après, il a peint les bus de la société Dakar Dem Dikk à la couleur de son parti, bleu et jaune. Nous voulons rompre avec le « baby-sitting ». Nous ne voulons pas de Wade sans Wade. Macky doit faire de telle sorte que l’Union européenne et les Etas-Unis respectent le peuple sénégalais », affirme-t-il. L’influence qu’exerce la jeunesse sur la politique a été importante ces derniers trois mois au Sénégal. La conférencière Séverine Awenengo Dalberto explique que c’est un mouvement qui prône le changement des valeurs et des mentalités. « Créer, c’est résister, résister, c’est créer », a poursuivi l’historienne. Thiat préconise que le président nouvellement élu rende justice. Pour lui, un président de la République ne doit pas aller chercher de l’argent à l’extérieur, au nom de son peuple et ensuite mettre l’argent dans sa poche. Didier Awadi s’offusque du fait qu’en Afrique, les européens se limitent aux choses folkloriques. « Il y a des médias occidentaux qui sont venus lors de la campagne en nous interpellant : « Il paraît que Youssou Ndour va se présenter à la présidentielle ». Le cordon ombilical est loin d’être coupé, dénoncent ces deux rappeurs. « Les Européens ne veulent pas qu’on se développe, car le Franc Cfa permet d’enrichir les Français », avancent-ils. L’économiste Sanou Mbaye a démontré cette dépendance. Radical dans son point de vue, Thiat est pour le démantèlement de ce système vieux de 50 ans. « Wade n’avait pas compris. Nous avons voulu changer de statut, alors que lui, il a construit une statue », charge-t-il. Dans une métaphore tirée des Livres révélés, Thiat parle de Macky Sall comme de Moïse éduqué par le Pharaon d’Egypte et qui, en tant que Prophète, va démanteler son système. Nous ne voulons pas d’une rébellion financée par un président, ni une Constitution écrite à la guise d’un chef d’Etat en exercice.

Serigne Mansour Sy CISSE

Source (remaquable) : Le Soleil

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