Commentaire du jour : Menterie

Ainsi Dieu n’aura tendu qu’une seule oreille pour entendre les échos lointains et confus des prières formulées par nos guides religieux pour la réussite du 11ème Sommet de l’Organisation de la conférence islamique (Oci).


Malgré tout le tintamarre politico-médiatique à grands renforts de chapelets achetés à coups de millions de francs, sans compter toute une administration réquisitionnée depuis des années, le président Abdoulaye Wade et son fils Karim n’ont pas fait mieux qu’Abdou Diouf en 1991, ont rapporté les confrères couvrant l’événement. Si du temps du « socialiste » renvoyé à l’opposition en mars 2000 - tient c’est bientôt l’anniversaire ! - on a eu droit sans tambour ni trompette à un « sommet honorable », les maîtres actuels du pays ont servi avec fracas un « sommet moyen » du point de vue de la participation à tout le moins.

On peut penser qu’ils récoltent là le prix d’une sorte d’imposture religieuse, de menterie plutôt et de manque notoire de réalisme. Nous nous trompons peut-être mais Wade et son fils ont, semble-t-il, pensé la chose comme une sorte de course à la popularité prenant bien soin de mettre en évidence le côté narcissique de leur ego. En témoignent : les affiches de bienvenue qui, sans nuance, laissent donc clairement comprendre que le Sommet de l’Oci est une exclusivité des Wade. Pour notre part, nous ne doutons pas un instant de leur amour pour le Sénégal et de son développement, il nous paraît et apparaît néanmoins que seuls l’amour et le développement de leur propre personne comptent et passent avant tout. Cela dit, ce 11è Sommet aurait pu se tenir sans toutes les tracasseries, gâchis et dommages que le pouvoir libéral a imposés aux populations et au pays tout entier. Rien qu’un jour férié, selon les économistes, fait perdre au Sénégal une quinzaine de milliards de francs. Même dévalués ces milliards valent leur pesant de pains ôtés des bouches à nourrir. Dieu sait qu’elles sont nombreuses et demandeuses au Sénégal. Or, le Sommet, du fait du climat de terreur psychologique qu’il a instauré, aurait duré pas moins d’une semaine.

Les promoteurs de « l’inconcret organisationnel » ont également mis le sens critique, la vérité et la raison sous haute surveillance, le tout enrobé sous le manteau d’une vaste campagne de mystification et de mensonge. Les religieux, dans leur écrasante majorité, se sont laissé prendre au piège (volontairement ?) de la rhétorique mystificatrice et de l’amalgame trompeuse consistant à associer Oci et religion. On relèvera cependant avec respect le courage de ceux qui se sont employés à déconstruire le discours fallacieux des hérauts qui se nourrissent dans la gamelle de Karim, ne craignant pas d’être mis au pilori d’une fatwa républicaine. De plus en plus, au Sénégal, on parle aux populations une langue controuvée, cousue d’artifices et de circonvolutions, ampoulée d’emphases. Dommage que ceux-là qui sont censés combattre l’obscurantisme et apporter la lumière soient connectés à d’autres préoccupations.

La religion tend à devenir chez nous une affaire d’état et d’affairistes de tous acabits. C’est dans cette logique que nous soulignons, pour encore une fois le déplorer, les récitals de Coran pour la réussite du Sommet. La catastrophe du bateau « Joola », les inondations, l’émigration, l’anomie sociale et institutionnelle… tout cela c’est du négligeable aux yeux de nos dévots. Il est triste de constater que l’on parle de Dieu quand il y a des sous à prendre. Alors on rivalise de propos mensongers, on assassine la vérité, on escamote l’insoutenable réalité. Et, c’est connu, les pires menteurs sont ceux qui parlent de religion à tout propos, qui usent de formules et de références religieuses en toutes occasions. Dans un pays où la vérité et la justice sont bafouées, les experts en mensonges en tous genres pullulent toujours et règnent en seigneurs. Nous sommes de ceux qui pensent que l’avènement d’un Sénégal qui se respecte ne se fera que par l’anéantissement de l’imposture religieuse. De la menterie obscurantiste !

Felix NZALE

Source : Sud

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