Célébration des 20 ans du groupe de Awadi et Doug E Tee : La deuxième vie du Pbs

Ils sont reconnus comme les leaders du rap philosophique en Afrique. Ils ont forgé les consciences et éduqué les peuples avec l’esprit Boul Falé. Mais également, le Positive Black Soul (Pbs) a connu des moments de déclin. Célébrant le 14 août prochain leur anniversaire, ces rappeurs atypiques relancent de fait la carrière du groupe, pour peut-être une seconde vie. Retour sur un parcours de grandeur et de décadence.


Par Gilles Arsène TCHEDJI

Certains observateurs et fans du my­thique groupe de rap, le Positive Bla­ck Soul (Pbs) situent la date de sa création au 11 août 1989. De leur avis, c’­est en cette date anniversaire de nais­sance de Didier Awadi que les membres de ce qui deviendra le Pbs se sont retrouvés pour poser les premiers jalons de leur aventure. Une nouvelle génération sénégalaise de rap venait de naître. Et pour se constituer un public, les deux acolytes choisissent de se représenter dans des collèges de Dakar, plutôt que de s’adonner dès le début de leur carrière, à du snobisme. Ils n’étaient pas obnubilés par le show-business. Leur ambition à l’époque analyse Alassane Cissé (journaliste culturel), n’était pas « l’argent à tout prix, mais plutôt travailler leur musique, se faire connaître et se hisser au sommet de la scène musicale à tout prix ». Didier Awadi se souvient, comme si c’était hier, de ses débuts. « En classe de troisième, je suis tombé sur les dé­buts du breakdance et du smurf. J’é­tais dans le mouvement. J’étais danseur, animateur et disc-jockey. Vers 1984, on présentait des spectacles au collège Sacré-Cœur. Après le Bfem, nous avons continué et c’est là que nous avons créé le groupe Syndicate avec un ami Mahib Bâ, qui est devenu plus tard steward… » Aussi, sa rencontre et sa fusion avec son éternel acolyte, Doug E Tee, n’est pas un aussi lointain souvenir  : « En 1988, nous avons entendu parler d’un autre groupe, King Mc. C’était avec Doug E. Tee et Jezzy-o. Nous supportions très mal la venue de ce groupe, nous qui étions les anciens. Conséquence, nos deux groupes vont être des rivaux. Mais en 1989, on s’est rencontré au Sahel lors d’une soirée. C’était chaud sur scène. Au retour, on a pris ensemble le bus P4. Nous sommes descendus à Amitié (un quartier de Dakar. ndrl ) . Au passage, on s’est adressé quelques compliments sur le travail de l’autre. Quel­ques jours après, on s’est retrouvé. C’était le 11 août, jour de mon anniversaire. Je les ai invités chez moi, puis à la fin de la soirée, on a mis de la mu­si­que instrumentale et on a rappé en­sem­ble. On a découvert une fois de plus qu’on avait beaucoup de choses en commun. Dans le message surtout. Un message à travers lequel, nous a­vions toujours voulu donner une ima­ge positive de l’Afrique. C’est de là qu’­est venu le nom de Positive Black Soul. » Au plan idéologique, le Pbs refuse tout afro-pessimisme. C’est pourquoi, au moment où les chroniqueurs occidentaux présentent l’Afrique comme un continent où sevissent toutes les misères du monde, les deux rappeurs décident de présenter la face positive de l’Afrique. Se proclamant très africanistes, les deux rappeurs ont en effet, très vite souligné que l’identité chez eux ne rime pas avec exclusion de l’autre. « Etre africaniste, c’est s’ouvrir à une civilisation, une culture, une histoire, un peuple, une diaspora… dont le Sénégal n’est qu’une modeste partie. Ce n’est surtout pas l’idée d’un regroupement sectaire ou d’un communautarisme aveugle », ont-ils d’emblée affirmé sur Rfi, dans l’une des premières interviews de leur carrière.

PHILOSOPHIE ET ENGAGEMENT DU PBS

« L’Afrique est au cœur de nos préoccupations. On veut voir le positif, il est temps de cesser de cultiver l’afro-pessimisme », ont toujours clamé en chœur, les membres du Pbs, affirmant à qui veut l’entendre que « l’Afrique, ce n’est pas seulement le Sida et le Rwan­da ». « Nous refusons catégoriquement l’idée de l’Africain pessimiste qui ne fait rien et se dit qu’il n’a pas d’avenir », se plait sans cesse à rappeler sur ses nombreuses scènes Didier Awadi. D’­ail­leurs, aux côtés de son acolyte et co-fondateur du groupe, Amadou Barry, plus connu sous le nom de Doug E Tee, ils se sont très vite démarqués des rappeurs adeptes du mimétisme américain. Ce qui explique leur ascension fulgurante aussi bien à Dakar qu’en Europe. En effet, au départ, la stratégie du Pbs consistait à reprendre les mélodies, les rythmes, les proverbes africains auxquels ils intègrent des instruments traditionnels. « Au Sénégal, nous possédons des musiques très an­ciennes, comme le tassou ou le ta­xourane qui, dans la forme sont assez proches du rap » expliquaient-ils dans les années 90, pour justifier leur nouvelle approche du R’nb. Mais ce qui fait surtout la force du groupe, c’est son ingéniosité à toujours faire référence dans leur musique à des grands penseurs africains comme Kocc Barma (philosophe traditionnel sénégalais), Amadou Hampâté Bâ ou encore à l’homme politique et africaniste convaincu Kwame Nkrumah. « L’originalité du Pbs est qu’il est un groupe de rap pacifiste et très cultivé qui reprend des traits de la culture traditionnelle (instruments de musique, danse, rythme, habillement…) en les mêlant à des sujets d’actualité », a notamment reconnu Aziz Dieng président de l’Association des métiers de la musique du Sénégal (Ams). Et, pour s’en convaincre, estime Aziz Dieng, par ailleurs ami de Didier Awadi, « il suffit d’écouter et de voir leurs productions entre 1990 et 2000 ».

RICHE CARRIERE MUSICALE

De 1989 à nos jours, le Positive Black Soul a réussi à mettre sur le marché sénégalais et international plusieurs produits (une quinzaine en tout dont 4 albums), qui l’ont largement aidé à se faire un nom au plan mondial. Mais si l’on doit remonter le temps pour référencer ce groupe dans le paysage au­diovisuel sénégalais, ce sera en 1990 qu’on retrouvera leurs premières traces. C’est au cours de cette année que le Pbs s’est réellement affiché en réalisant et présentant des émissions à suc­cès sur Dakar Fm (Hit Inter Sky, Di­mension 7, Rap Attack) ou à la télévision sénégalaise. Finalement, c’est n’­est qu’en 1992 que le public a pu dis­poser du premier titre du Pbs sur cassette. C’était dans un album intitulé 100% Dakar, une compilation réalisée par le Centre culturel français et la Re­vue noire. Dans cette compil’, le Pbs s’y signalait avec le titre Bagn Bagn Beug. Dans la même année, le premier album du Pbs, Boul Falé, est sur le marché. Une carrière venait de démarrer. Le groupe séduit, le public s’accroche et les succès se succèdent. Sous le charme, Mc Solaar au summum de son art, va prendre sous son aile le Pbs qui assure désormais ses premières parties. Ainsi à partir de 1993, le Pbs commença à se produire à l’extérieur du Sénégal avec en priorité la scène française qui découvre « ce groupe original tant par le rythme uniforme, le message optimiste, le style consciencieux que par les textes philosophi­ques ». Même les grands noms de la scène hip-hop de l’époque, à l’instar de Iam ou encore Sens unik en restent baba. Il faudra attendre 1994 pour voir le Pbs entamer sa première grande tournée européenne. Les maisons de dis­que célèbres comme Emi, Poly­gram, Virgin, Delabel, Island commencent à tourner autour du groupe. Mais, il fallait davantage confirmer sur la scène musicale hip-hop. Ce qui est à l’origine en 1995 de la sortie de leur deuxième produit Boul Falé Bou Bess. La sortie de cette nouvelle cassette donne la preuve que le slogan du Pbs n’est pas tombé dans l’oubli. Bien au contraire. Le Boul Falé, titre de leur premier album a très tôt été récupéré par la jeunesse sénégalaise au mo­ment où l’Etat a failli dans sa mission. « Dans les années 1990, au moment où le Pbs a commencé à se faire connaître du public, le Sénégal était soumis à des politiques d’ajustement structurel qui ont imposé la réduction drastique de l’effectif des fonctionnaires du secteur public, une privatisation ou suppression de certains services et établissements pu­blics. Ce qui fait que la jeunesse se retrouvait dans le message véhiculé par ces artistes », tient-on à rappeler. Le Pbs, usait alors de son aura pour appeler les populations à l’optimiste  : « Si l’Etat échoue, il ne faut pas l’attendre, car le statu quo est le pire des ennemis de l’homme d’action. » Selon certains observateurs, « le succès du Pbs ne fut donc pas seulement un succès commercial, mais aussi et surtout une mode et une philosophie d’action dans un environnement de crise et de déstructuration (et de restructuration car le Boul Falé est avant tout un mouvement pacifique) ». En clair, le Pbs au-delà de sa musique, a forgé une cons­cience beaucoup plus profonde que ce que l’analyse courante suggère. En témoigne Salaam sorti en 1995. Dans cet album, les rappeurs dé­noncent non seulement les régimes politiques africains autoritaires soutenus par l’Occident, mais aussi le groupe y tire les enseignements de Cheikh Anta Diop sur un Etat fé­déral africain avec un seul chef d’État.

DE LA DECADENCE A LA RENAISSANCE

Si le Positive black soul a connu de grands moments de succès, il a comme la majorité des groupes de musique, vécu également une période de déclin. Un sujet tabou pour les membres du groupe. Personne ne l’évoque et vogue la rumeur. L’es­sen­tiel est qu’à partir des années 2000, le groupe n’existait que de nom. Cette séparation justifiée par le fait que chacun voulait faire une carrière solo a été à l’origine du groupe Pbs Radikal avec à sa tête Awadi. Doug E. Tee étant entré dans une sorte d’hibernation. Sa sortie se fera par un album qui sera désigné meilleur al­bum de l’année. Mais bien avant tout ceci, les r­u­meurs ont couru dans Dakar, dans le milieu hip-hop. Pour justifier la torpeur du groupe, il était dit que Doug E Tee s’adonnait à l’usage de la drogue et n’était plus en mesure de s’occuper convenablement de sa carrière. Mal­gré les démentis de l’intéressé, le grou­­pe ne parvient pas à retrouver son lustre d’antan bien que son image soit devenue une icône du rap philo­so­phi­­que sénégalais. Mais dans cette séparation, il demeurait le respect mut­uel et c’est cela qui sans nul doute a été progressivement à l’origine de­puis plus d’un an d’une deuxième vie du Pbs. Une deuxième vie qui commence à 20 ans, comme si de rien n’était. Comme quoi, l’esprit Boul falé de­meure toujours.

EVENEMENT-Le 14 août prochain au Cices : « Le plus grand concert du Pbs »

Gilles Arsène TCHEDJI

Les 20 ans du Positive Black Soul, ce sera le 14 août au Cices. Didier Awadi et Doug E Tee l’ont annoncé hier lors d’un point de presse qui s’est tenu au Just 4 U. Ils promettent de donner à cette occasion « le plus grand concert jamais vu au Sénégal » selon Didier Awadi. L’idée ayant germé depuis quelques temps, « on a alors décidé après discussion de s’unir à nouveau, pour un concert exceptionnel. Car 20 ans dans une vie ce n’est pas rien » a expliqué Awadi. Cependant, il tient à préciser à l’endroit des détracteurs du groupe  : « Nous faisons cela d’abord pour nous même. Un concert unique au cours duquel on prendra du plaisir en se concentrant sur une date et organiser le plus beau challenge de l’histoire de la musique sénégalaise. Nous voulons faire le plus beau concert de l’histoire de la musique sénégalaise. » Un avis largement partagé par ces co-équipiers, Baay Souley et Doug E Tee. Ce dernier d’ailleurs y va aussi de sa précision  : « Nous avons juste envi de recréer ce groupe pour un concert, pour faire envie à tous ceux qui souhaitent nous revoir ensemble sur une même scène. Pbs ne nous appartient plus. Il appartient au Sénégal, à l’Afrique et au monde… » Sur d’éventuelles retrouvailles, avec la possibilité de faire un album ensemble, les membres disent préférer laisser le temps faire les choses. « Pour l’heure, il s’agit de notre anniversaire », ont-ils servi pour clore tout débat et toutes supputations. Ce concert-anniversaire ont-ils informé, a pour invités d’honneur le rappeur franco-sénégalais Sefyu, La Fouine, Daara-J, Pee Froiss, Bmg 44 etc. De nombreux groupes locaux du mouvement hip-ho, vont assurer la première partie de la « fête », entre 18 heures et 20 heures 30. Puis le Pbs prendra le relais jusqu’à 23h 30. Ils annoncent déjà leur folle envie de « revisiter le répertoire du groupe et jouer quelques titres inédits ». On promet aussi aux mélomanes, entre autres surprises le titre « Fly On », réécrit récemment par le rappeur Doug E Tee en hommage au « Roi de la pop » Michael Jackson.

arsene@lequotidien.sn

Source : Le Quotidien

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