Carlou D, carrière solo

Icône de la scène hip hop au Sénégal, Carlou D entame sa sixième année de carrière solo, avec un nouvel album qui synthétise musique moderne et chants religieux, Musikr. Rencontre avec un artiste sacré Meilleur artiste de l’année 2009 et Meilleur artiste de variété lors de la première édition des Sunu Music Awards en février dernier.


17h dans un restaurant très prisé de Dakar. A quelques heures de son concert, Carlou D, téléphone portable collé à l’oreille, donne quelques directives à ses musiciens. « Il est toujours à l’heure pour faire sa balance », raconte le gérant du restaurant. Ses pairs le décrivent comme un artiste « très discipliné » et « bosseur ». Pendant que ses collègues préparent la scène, l’artiste dakarois, jongle, la mine concentrée, entre photos avec ses fans et appels téléphoniques. Il arrange les derniers détails de sa tournée en Europe, au cours de laquelle il va lancer un nouvel album, Musikr.

Né le 13 septembre 1979 à Dakar, Ibrahima Loucard, alias Carlou D, est d’une humilité profonde. Autodidacte, Carlou D est entré dans la musique naturellement, presque par obligation. « La passion et l’obligation par rapport à la situation familiale m’ont amené à la musique », dit l’artiste d’une voix neutre. Carlou D nourrit une certaine rancœur envers son père polygame, qui très tôt a délaissé sa famille. « La musique est tout ce que je partage avec lui, raconte-t-il, d’ailleurs il est là, bien vivant, mais un peu loin de moi ».

Enfant, Carlou D s’abreuve de blues, de musique salsa, de variété… il conserve une pile de vinyles datant des années 1970. Il se laisse bercer par le groupe sénégalais Baobab Orchestra, le chanteur américain Michael Jackson, le pianiste Ray Charles, etc. Adolescent, l’école ne l’intéresse pas, il quitte les bancs au collège assez vite. Sa priorité : « trouver un boulot et gérer dignement » sa famille.

Sénégal rap

Carlou D se consacre alors à la musique, sa seule passion, dans une période où Dakar vibre au rythme du « rap galsen ». Le jeune chanteur y voit « une porte d’entrée » dans l’industrie de la musique. Carlou D fait ses premiers pas sur scène aux côtés de Ska Blues. Puis en 2003, il rejoint les Positive Black Soul, avec Didier Awadi et Duggy Tee. Ils incarnent la génération « Boul Falé » (« T’occupes ! » en wolof), qui fait des émules chez les jeunes. Ce mouvement exprime le désespoir d’une jeunesse dans un pays bouleversé par une crise socio-économique. Leur musique suscite une certaine agressivité, en opposition avec les musiques festives et les danses populaires comme le mbalax.

Une expérience courte pour Carlou D, qui entame en 2004, une carrière solo. Sa particularité : introduire des sonorités acoustiques dans un style hip hop. « Ce qui nous a retardé, analyse-t-il, c’est cette histoire de hardcore, car les rappeurs considéraient que si on ne fait pas de hardcore, on ne fait pas de rap ». Et de conclure de manière cinglante : « les rappeurs passent leur temps à juger les autres rappeurs, cela a toujours été le problème du mouvement hip hop sénégalais ».

En prenant du recul, Carlou D évolue vers la variété et met davantage en valeur son intérêt grandissant pour le mouridisme. Baye fall* convaincu, Carlou D est un disciple inconditionnel de Cheikh Amadou Bamba, le fondateur du mouridisme. Cette culture influence ses textes et son allure. Sur scène, il est souvent coiffé de dread locks et arbore un long boubou, un gros collier noir autour du cou.

La mission de Carlou D

Cet album intitulé Musikr est « une connexion de la musique moderne avec le ’zikr’, c’est- à-dire, les chants spirituels, le soufisme », explique l’artiste, soudainement pris par un élan d’énergie. « J’essaie d’intégrer les jeunes à travers la musique. Je tente de jouer le rôle du professeur, de puiser des extraits de la Bible, du Coran et de les mixer », poursuit-il. A travers ce « nouveau style », Carlou D essaye de transmettre au public une part de la « spiritualité » à laquelle les Baye Fall accèdent. Il se sent en quelque sorte, « investi d’une mission » : « partager cette sensation avec le reste du monde », affirme l’artiste.

« J’ai tout vu : le rap américain, un peu bling bling, avec l’argent, la drogue, les femmes, la mode, le sport… j’ai vu toutes les stars dans tous les domaines, mais pour moi, la spiritualité est le top », raconte Carlou D, qui estime « qu’être spirituel, c’est un bien être ». Sa musique intègre désormais le khine, le tamtam des Baye Fall. Prochaine étape : installer une « atmosphère qui emporte le public ailleurs ». Il s’agit, imagine l’artiste « de faire voyager avec la musique ». *Baye fall : communauté issue d’une branche de la confrérie des Mourides.

Carlou D Muzikr (World Village) 2010

Dimanche 4 Juillet 2010 Rfi

Carlou D : Muzikr

He’s being promoted as « one of Senegal’s next great musical exports », but Carlou D is a long-established figure on the Dakar music scene. He was once a member of the socially conscious hip-hop group Positive Black Soul, but for the last six years he has been developing a solo career, while playing an active role with the Sufi Islamic sect Baay Faal. Like that other soulful follower of the movement, Cheikh Lo, Carlou sports dreadlocks and images of his spiritual guide Cheikh Ibra Fall, but while Lo mixed Senegalese influences with funk and Latin styles, Carlou writes thoughtful, often laid-back songs that switch between ballads to mbalax and blues, with the occasional reminder of his hip-hop past. He’s a fine acoustic guitarist, with a voice that can change from deep and relaxed to a sudden falsetto, and his first international release as a soloist is an engagingly varied set that makes inventive use of kora, piano and saxophone. There are easy-going religious pieces such as Sam Fall, rolling, bluesy songs such as Yaa Boyo, and a fine, kora-backed lament for the slavery era in Gorée, in which he’s joined by Youssou N’Dour. Carlou hasn’t shaken up the Senegalese scene, but this is a classy set that should do well on the international market.

Source : The Guardian

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