Cinéma

Ça vibre dans nos têtes de Kassim Sanogo : Un coup de gueule de l’underground

Ça vibre dans nos têtes est un documentaire du réalisateur malien Kassim Sanogo. C’est un film sur des rappeurs dont la ‘mauvaise’ politique de leurs responsables fait vibrer.


C’est un groupe de dix jeunes musiciens. Ils jouent le tam-tam, le balafon et la calebasse. Avec ces instruments traditionnels, ils produisent des sonorités qui renvoient à la culture mandingue. Ils chantent tous en Bambara, langue la plus répandue au Mali. Chacun avec ses propres intonations. Dans leurs textes, ils retracent surtout la ‘galère’ qu’ils vivent au quotidien. Le hip hop est le canal qu’ils ont choisi pour dire leurs doléances. Les rappeurs de Mifa sont loin d’être tendres avec leurs dirigeants.

Ça vibre dans nos têtes est un documentaire qui relate les conditions difficiles dans lesquelles vivent les populations. Le réalisateur malien Kassim Sanogo fait un zoom sur Korofina, le quartier de l’underground bamakois. Les artistes de ce milieu fustigent la mal gouvernance qui prend ‘de l’ampleur’ dans leur pays. Mifa, né de la fusion de plusieurs groupes de rap, semble être le plus acerbe envers les gouvernants maliens. Le film a été projeté au festival ‘Lumière d’Afrique’ qui a eu lieu les 20 et 21 février à l’Institut français de Dakar.

Du matin au soir les jeunes de Mifa chantent et dansent du rap. Ce genre musical détermine leur style vestimentaire. La plupart mettent un jean, un grand tee-shirt, un brassard au poignet, un collier de cauris au tour du cou et parfois un boucle d’oreilles. Chaque jour, ils se retrouvent sur les montagnes pour parler de ‘leur vie de merde’. Sous un soleil de plomb, ils dénoncent la corruption ‘qui sévit dans leur pays’ et ‘l’hypocrisie’ de leurs dirigeants. Ils disent détester ceux qui aiment l’argent facile et réclament l’emprisonnement des autorités ‘malhonnêtes’, etc. Souvent, devant le regard admirateur de tous petits-enfants, la bande magnifie la beauté de la femme malienne et ses rondeurs. A chaque rencontre sur les monts, les rappeurs entonnent, d’un ton ironique parfois méprisant, ‘dégagez le chemin, Mifa arrive’, avant de démarrer la répétition. Dans leur ‘quartier général’, une case en bois, ils expriment leur patriotisme et leur admiration pour Bob Marley.

Les couleurs du drapeau malien (vert, jaune et rouge) et un portrait de reggaeman jamaïcain servent de décor. C’est une maison où les rappeurs se retrouvent le soir pour partager le repas servi dans un bol en caoutchouc. Certains s’asseyent à même le sol et d’autres sur de petits tabourets. L’ambiance est toujours au rendez-vous et ils souhaitent rester ‘un groupe soudé.’

Dans le film, le réalisateur fait également intervenir d’autres acteurs du mouvement hip hop dont des dj (disc joker). Ces derniers déplorent le manque d’encadrement pour les signatures des contrats à l’étranger. Ils soulèvent également le problème de maisons de production pour les rappeurs ‘qui ne parviennent pas à vivre de leur art au Mali.’ Ça vibre dans nos têtes de Kassim Sanogo : documentaire, Mali/France, 2009, 52 min.

Yacine CISSE

Source : Walf

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