Ça va mal finir ! par Souleymane Jules Diop


« Celui qui peut régner sur la rue règnera un jour sur l’Etat, car toute forme de pouvoir politique et de dictature a ses racines dans la rue » GOEBBELS

Les temps sont durs pour les journalistes, chers lecteurs. Les héros d’hier sans qui, de l’aveu d’Abdoulaye Wade, l’alternance ne serait pas possible, sont devenus des incompétents, des radoteurs de dernière catégorie. Si on ne leur offre pas de l’argent et du matériel de seconde main comme de pauvres mendiants, on les traque comme des rats, pour les envoyer en prison. Prenez chacun des bagnards, et observez bien le motif qu’on lui colle à la peau. Offense au chef de l’Etat pour les deux journalistes de l’Exclusif. Ils ont parlé des escapades nocturnes du chef de l’Etat. Après avoir hésité un peu, en raison des graves accusations portées contre… le président de la République, le Synpics a repris le flambeau du combattant. La nature de la faute ne justifiait pas le procédé brutal, à la limite du banditisme d’Etat, utilisé par la Dic pour les arrêter. Le syndicat a réagi, en se disant, qu’au fond, à moins d’en avoir la preuve toute faite, on ne peut pas accuser un octogénaire, de surcroît chef d’Etat, d’escapades nocturnes avec son chef de « cabinet ». Pape Amadou Gaye, Directeur de la publication du « Courrier du jour » a suivi, pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Tous ont été arrêtés nuitamment, à l’insu de leurs avocats et de leurs familles. Le procédé est le même que celui de la NIA de Yaya Jammeh. Le journaliste disparait, puis réapparait complètement métamorphosé, comme si on l’avait imbibé de vaseline. Pour ce qui concerne M. Gaye aussi, le Synpics n’a pas été insensible au fait que « c’est un journaliste libéral, un conseiller municipal du Pds ». Tout le monde a pensé à un dommage collatéral, dans la guerre farouche que se mènent Macky Sall et Karim Wade. Amadou Gaye est un ancien proche de Aliou Sow, ancien proche de Macky Sall… Il n’y avait jamais trop d’arguments pour dire qu’il s’agit d’une cuisine interne aux libéraux. Et que ce monsieur a interpellé l’armée nationale, même sous la forme d’une question. Ce qui est une grande provocation. Un ennemi n’est jamais trop petit pour ce régime. Posez la même question, pour ce qui concerne El Malick Seck. Personne ne pourra vous dire avec précision ce qu’il a fait. La seule réponse fournie jusqu’ici, et qui prouve l’espèce de ressentiment qu’éprouvent les journalistes, c’est qu’il a parlé « de la limousine du chef de l’Etat ». C’est la mauvaise conscience que se font maintenant nos journalistes. Ils se trouvent une faute, avant que la sanction tombe sur eux, pour leur être plus acceptable. Mais cette réponse ne tient pas la route, puisqu’El Malick n’a fait que reprendre un article du journal L’Observateur. L’évocation des commentaires des internautes sur cet article sur « la limousine du président de la République » est un prétexte fallacieux. Le pouvoir règle un compte qui date de la mise en vente de confidentiel.sn. Karim Wade a tenté, à plusieurs reprises, d’avoir El Malick comme un « ami », puis comme frère, pour qui il est « prêt à tout faire ». La tournure prise par les événements a prouvé que cela ne voulait aucunement dire une mise de rewmi.com sous la tutelle de la génération du concret. Son arrestation se préparait depuis la diffusion de l’émission Dëgg Dëgg sur rewmi.com, la semaine dernière. S’en est suivie une scabreuse affaire d’injures impliquant un avocat. C’est depuis l’hôtel intercontinental de Genève, où Abdoulaye Wade est arrivé mardi avec une délégation de 33 personnes que la décision d’interpeller El Malick a été prise, pas avant. Il venait de reprendre à nouveau l’émission Dëgg Dëgg. Je n’y dis pas seulement que Wade est responsable de la faillite économique de ce pays. J’y dis que Karim Wade, le brillant économiste qu’on nous présente pour prendre le pays, a présenté le même mémoire de maîtrise, la même année que sa sœur Sindiely, de 5 ans sa cadette. C’était assez pour faire passer l’administrateur de Rewmi pour un pro Macky Sall, dans cette guerre aveugle qu’ils se mènent pour la succession. Il y a un plan systématique qui vise à amputer Macky Sall de tous ses relais médiatiques. Ndiogou Wack Seck, mis sur la rampe pour insulter tout ce qui n’est pas avec Wade, a connu sa fin quand il s’est déclaré pro Macky Sall contre Karim Wade. Il ne suffit malheureusement pas d’être contre Karim Wade pour disparaître de la scène médiatique. Il suffit d’en donner l’impression. Abdoulaye Wade fait semblant d’aimer les journalistes. Son fils ne les supporte pas, et il ne s’en cache pas. Ce qui est inadmissible, c’est qu’on rafle systématiquement les journalistes, alors que la Justice peine à coffrer les vrais bandits. Toute la journée de mercredi, des proches du président la République ont fait pression sur les magistrats, pour surseoir à l’inculpation de Clédor Sène. Il y a eu finalement un retour de parquet. La police l’a envoyé chez le juge pour qu’il soit emprisonné, le juge l’a renvoyé à la police pour qu’il soit libéré. C’est ce que cet échange de bons procédés veut dire. Dans les prochaines heures, ils feront circuler l’information selon laquelle la police n’a rien trouvé chez lui, pour justifier sa libération. Clédor Sène a été mis aux arrêts samedi. Les autorités judiciaires au plus haut niveau ont demandé le plus grand silence sur l’affaire pour trouver le moyen de le libérer. C’est quand ils ont su que des proches du chef de l’Etat allaient demander sa libération, que des policiers, sans doute fatigués de se voir ainsi humilier, ont décidé d’informer les journalistes et interpole. Il était pourtant de notoriété publique, que des proches du président de la République couvraient un trafic de cocaïne entre Dakar et Bissau. La gendarmerie avait, dans des conditions similaires, saisi la police internationale pour éviter la libération des trafiquants pris à Mbour avec 4 tonnes de cocaïne. Il y a quelques semaines, le garde du corps de Samuel Sarr, autre personne arrêtée en 1993 suite à l’assassinat de Me Babacar Sèye, a été interpellé en possession de cocaïne. Il a pris un mois de sursis ! Un voleur de poules aurait pris plus que ça. Offenser le chef de l’Etat, porter atteinte à la sûreté de l’Etat, parler de la limousine du président de la République sont choses plus graves que « trafic international de cocaïne », quand on s’appelle Clédor Sène, gracié par le président de la République, amnistié par l’Assemblée nationale. A côté de lui, les journalistes passent, il est vrai, pour de vulgaires bandits sans ambition. Ce qui s’est passé mercredi pour Clédor Sène, avec son retour au parquet, est le propre d’une fin de règne. Le pouvoir est éclaté entre des groupuscules mafieux, et chacun essaie de marquer son territoire, en abusant de son droit de nuisance. L’interpellation de ce monsieur, qui reste quand même l’auteur du crime le plus odieux de l’histoire de ce pays, n’aurait jamais eu lieu pendant la toute puissance d’Abdoulaye Wade. Elle veut dire, éloquemment, que cet homme a perdu les commandes du pays. C’est un dictateur comme tous les autres. Il finit par être dévoré par ses propres ambitions. La panique qui l’habite, les décisions qui changent tous les jours sont le signe que quelque chose s’en va. L’implication de Clédor Sène dans cette affaire de trafic, quelle qu’en soit l’issue, confirme bien la criminalisation de son régime. Le Sénégal est devenu une grande lessiveuse sous Abdoulaye Wade. A un tel point que pour financer le football sénégalais, le pouvoir n’a trouvé personne d’autre qu’un proche de l’épouse du président de la République, ancien trafiquant de cocaïne bien connu d’interpole. Que Macky Sall décide de se battre est une bonne chose, il ne faut pas en rougir. Il a décidé de vendre chèrement sa peau, et c’est tant mieux. Il donne à cette fin de règne insipide des relents providentiels. Ils se tuent entre eux. La rue avait raison d’être patiente. Elle attendait Dieu, et il arrive avec ses surprises !

Souleymane Jules Diop

Source : Seneweb

Répondre à cet article