« Boy Saloum, la Révolte des Y’en a marre » (Inédit, le 31 mai sur France O, par Audrey Gallet)


À travers le portrait de quatre jeunes Sénégalais, un documentaire diffusé vendredi 31 mai à 21h45 sur France Ô raconte comment un groupe de hip-hop s’est appuyé sur sa notoriété pour porter le flambeau de la contestation politique, jusqu’à influer sur le cours de l’histoire. Un road movie où musique rime avec engagement, signé Audrey Gallet, Prix Albert-Londres 2012.

Production : Cinéphage ! / Yami 2 / Sélébéyone, avec la participation de France Télévisions.

Par Beatriz Loiseau :

Au départ, ils n’étaient que des ados de province comme tant d’autres, avec des rêves plein la tête. Issus de milieux sociaux différents, Thiat et Kilifeu ont forgé leur amitié dans les rues de Kaolack, la deuxième ville du Sénégal. C’est également dans leur cité natale qu’ils croisent la route de Denise Safiatou. Ils n’ont pas encore 20 ans. Les souvenirs de Safia servent de fil conducteur à ce documentaire qui retrace leur aventure commune. Celle de jeunes Africains las de la corruption, du chômage de masse, des petits boulots sans avenir, des défaillances des politiques publiques et des fausses promesses de leurs gouvernants.

Pour exprimer leur révolte, Thiat et Kilifeu fondent à Kaolack en 1996, lors des grèves estudiantines qui ont secoué le Sénégal, leur groupe de rap : Keurgui, « la maison » en wolof. Déjà, à travers leur musique, les deux « frères » dénoncent l’injustice et l’inégalité de la société dans laquelle ils vivent. Leur popularité grandissant, ils décident de poursuivre leur carrière à Dakar, où ils rejoignent Safia avec qui ils cohabitent pendant plusieurs années.

Mais leur vie va véritablement basculer le 16 janvier 2011. Alors qu’ils prennent le thé entre amis, la capitale sénégalaise est une fois de plus privée d’électricité. Pour Thiat, Kilifeu, Safia et leur copain Fadel Barro, un journaliste d’investigation originaire comme eux de Kaolack, ce sera la coupure de courant de trop. Le rap seul ne suffit plus, d’autant que la campagne pour l’élection présidentielle se profile et qu’Abdoulaye Wade se prépare à briguer un troisième mandat, bafouant ainsi la Constitution. Ensemble, les quatre amis vont créer le mouvement Y’en a marre.

Le succès se révèle aussi fulgurant qu’inattendu. Grâce aux réseaux sociaux, dont Safia a la charge, des antennes relais sont implantées dans tout le pays. En quelques mois, 350 000 jeunes s’inscrivent sur les listes électorales. Le mouvement, soutenu par une grande majorité de Sénégalais, finit par gagner son combat citoyen en obtenant, le 26 mars 2012, la défaite du président Wade à l’élection.

Crédit photo © Cinephage / Yami 2 / Selebeyone

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