Bandits cinéma et zone rap de Bouna Médoune Sèye : De la débrouille à la révolte

Avec deux films à l’écran, Bandits cinéma et Zone Rap, photographe et réalisateur, Bouna Médoune Sèye était à l’honneur samedi dernier à l’occasion de la 22e séance du Cinéma de nuit.


Il a les mains dans le cambouis et un pied dans la pègre. Laye, mécano dans le quartier populaire de Rebeuss, gère parallèlement une brochette de filles de joie. Mais son vrai deal à lui, c’est le trafic de billets devant les guichets de cinéma. La police est à ses trousses. Le flic qui le traque depuis belle lurette le coince en pleine séance de projection. Les spectateurs ont alors le choix entre le polar qui se passe en direct sous leurs yeux et celui projeté à l’écran.

Bandits cinéma est un court métrage (26 mn), plaisant à l’écriture recherchée. La mise en abyme (cinéma dans le cinéma), qui rappelle Hamlet, est réussie. Par moment, Laye sort d’ailleurs une réflexion digne du héros shakespearien : ‘Je me demande s’il faut faire du cinéma ou vivre son propre polar.’ Cette fiction expérimentale est du réalisateur et photographe Bouna Médoune Sèye. Tournée dans les années 90, elle capte l’ambiance d’une époque pré dévaluation du Cfa où la débrouille était déjà le mot d’ordre d’une génération.

De la débrouille à la révolte, le pas est vite franchi. Zone rap, deuxième réalisation du même auteur projeté samedi au Cinéma de nuit, est une plongée en apnée dans le milieu chaud bouillant du hip-hop africain. De Dakar à Abidjan, les rappeurs expriment leur mal-vivre, donnent des coups de pied acharnés à un système qui les ignore. Paroles engagées, gestuelles énergiques, c’est le langage commun à tous les jeunes des villes qui rêvent d’accoucher un monde nouveau. Sorti en 99, le documentaire musical peut se regarder, du moins pour la partie sénégalaise, avec une question en tête : que reste-t-il des années fastes du hip-hop ? La plupart de groupes dakarois présents dans ce film se sont disloqués : Pbs, Daara-J, Rapadio, etc. Comme si l’utopie du début a volé en éclat.

Après un petite pause Cinéma de nuit, organisé par le Bideew de l’institut français de Dakar reprend donc du service. Au grand bonheur des fans de cinéma africain.

Sa prochaine séance, la 23e, a lieu le 20 juin prochain. Au programme ; Nha Fala, une comédie musicale de Flora Gomes (Guinée Bissau). L’entrée est libre et la projection suivie de débats.

Abdou Rahmane MBENGUE

Source : Walf

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