Awadi : « La jeunesse sénégalaise attend beaucoup du Forum Social Mondial »


Le Forum Social Mondial s’ouvrira dimanche par une grande marche dans les rues de Dakar. Dette du tiers-monde, démocratie participative, souveraineté alimentaire, non-violence, mais aussi sauvegarde des cultures et échanges artistiques, ... Les cinq journées qui vont suivre seront consacrées à des débats passionnés. Après quatre éditions à Porto Alegre (Brésil), une à Bombay (Inde), une à Nairobi (Kenya) et une à Belém (Brésil), les Sénégalais se réjouissent d’accueillir ce Forum qui réunit des militants associatifs du monde entier. Didier Awadi, le plus respecté des rappers sénégalais, nous explique pourquoi ...

Vous connaissez bien la dynamique des Forums Sociaux, puisque vous avez été à celui de Porto Alegre, au Brésil. Qu’attendez-vous de celui qui va s’ouvrir à Dakar ?

Awadi : Ce qu’on attend, en tout cas nous, comme acteurs culturels, c’est le partage d’un maximum d’informations. Nous avons besoin de connaître les grands enjeux du monde, pour, une fois qu’on connaît mieux ces enjeux, pouvoir les distiller. On a eu la chance de découvrir le problème de la dette grâce au forum social. On a eu la chance de savoir ce qu’étaient les accords de partenariat économiques internationaux grâce au Forum Social. C’est vraiment un endroit où il y a beaucoup d’informations essentielles. Nous autres, acteurs culturels, pouvons les prendre et les remettre sur la table dans nos morceaux, dans nos chansons. Pour que le plus grand nombre soit informé. Donc, je pense que c’est un moment très important pour nous ... Un moment de culture aussi parce que, par nos spectacles, nous allons montrer qu’un autre monde culturel aussi est possible.

Vous avez fréquenté des associations militantes en Amérique Latine et en Europe. Sont-elles comparables aux associations de l’Afrique de l’ouest ?

Awadi : Oui, je pense que toutes ces associations sont comparables. Bon, maintenant, d’une association à l’autre, ce sont les moyens qui font la différence. Mais le but ultime est toujours le même : un mieux être, un mieux vivre et un peu plus de solidarité entre les peuples ...

Dans quel état d’esprit la jeunesse sénégalaise accueillera-t-elle ce Forum Social ?

Awadi : La jeunesse sénégalaise attend beaucoup du Forum Social. Comme cela se passe à l’université, cela va permettre aux jeunes de se l’approprier. La génération des futurs décideurs va pouvoir s’approprier les questions de notre époque et en débattre avec un grand nombre de personnes qui arrivent d’un peu partout. Je pense que c’est très très important pour nous tous.

Quelle y sera la place de la culture ... et en particulier de la musique ?

Awadi : On est en train de faire une programmation, essentiellement basée sur les artistes locaux. Mais pas uniquement ... Nous savons également que des Brésiliens vont venir. On essaie aussi de faire venir des Ivoiriens, pour parler de la crise. On essaie aussi de faire venir des Tunisiens. Il y a beaucoup de délégations qui vont venir accompagnées de musiciens. On a des gnawas qui arrivent du Maroc. On a encore beaucoup de monde sur la liste mais je pense qu’on pourra, juste avant le début du Forum, donner une liste un peu plus claire de ce qu’il va se passer. En tout cas, tous les grands groupes sénégalais ont envie de participer. Vu que ces musiciens participent bénévolement, on n’aura une liste définitive qu’à la dernière minute ...

Source : Mondomix

L’ébauche d’un ‘’Consensus africain’’ présentée à Dakar

Dakar, 7 fév (APS) - Des personnalités de la société civile africaine dont le rappeur sénégalais Didier Awadi ont présenté lundi à Dakar, dans le cadre de la 11-ème édition du Forum social mondial (FSM), l’ébauche d’un ‘’Consensus africain’’ dont l’adoption devrait impulser un développement endogène du continent.

Inspiré de celui de l’Himalaya, qui désigne une approche novatrice du développement dont le premier prototype a été créé par Laurence Brahm, le ‘’Consensus africain’’ devrait contribuer plus efficacement à la lutte contre la pauvreté, la protection des cultures autochtones, des ressources en eau et de l’environnement.

Le ‘’Consensus africain’’ vise en pratique la mise en place de plateformes économiques et de programmes d’entreprises autonomes basés sur les réalités locales pour réduire la pauvreté à travers un transfert de compétences qui responsabilise, selon ses initiateurs.

Comme le ‘’Consensus de l’Himalaya’’, qui intègre les expériences de la Chine, de l’Inde et d’autres pays de la région himalayène, le ‘’Consensus africain’’ s’oppose au néolibéralisme et au ‘’fondamentalisme du marché’’.

A partir du ‘’Consensus de Washington’’, le néolibéralisme prône une libéralisation immédiate des marchés, l’ouverture des marchés de capitaux, la privatisation des entreprises, la suppression des subventions, la fluctuation du change, etc.

Le ‘’Consensus africain’’ part lui du constat que l’Afrique ‘’n’est pas pauvre (…), jouit de beaucoup de richesses’’ et que la mosaïque des cultures et des ethnies, ‘’loin d’être une contrainte, est une richesse pour l’Afrique’’, a indiqué le président de la Rencontre africaine des droits de l’homme (RADDHO) Alioune Tine, un des rédacteurs de ce document.

Il part également du constat qu’il n’existe pas de modèle. ‘’Le néolibéralisme avec le capitalisme financier spéculatif a atteint ses limites’’, a ajouté Alioune Tine, en présence de Didier Awadi et de Laurence Brahm.

Il a souligné la nécessité pour le continent africain de se doter d’un modèle de développement endogène, participatif, ‘’fondé effectivement sur la base d’un large consensus, d’un large dialogue’’ impliquant l’ensemble des acteurs concernés par la problématique du développement.

‘’L’avenir est avec nous Africains. Tout dépend de nous. Il nous suffit de croire en nous’’, a indiqué le président de la RADDHO, donnant en exemple les modèles de développement imposés par le Brésil et la Chine, deux puissances émergentes.

‘’Nous sommes là aujourd’hui pour célébrer la messe de requiem du Consensus de Washington’’, a renchéri le Béninois Aurélien Atidegla, agronome, socio-économiste, président du Groupe de recherche et d’action pour la promotion de l’agriculture et du développement (GRAPAD). Il a invité les Africains à se mobiliser pour ‘’rompre avec le cercle vicieux de la pauvreté’’.

‘’On ne croit pas au modèle américain, un modèle qui nous est imposé, à travers la pensée unique’’, a relevé Didier Awadi, selon qui le continent africain a montré qu’il ’’peut y arriver en partant des populations à la base’’.

‘’Nous pensons que les réponses (à la situation de l’Afrique) doivent venir de l’Afrique’’, a-t-il répété, ajoutant que les Africains seront les héritiers de toutes les révolutions, selon le mot de l’ancien président burkinabé Thomas Sankara.

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