Après la mort suspecte d’un sans papiers, le centre de rétention pour étrangers de Vincennes incendié

PARIS (Reuters) - Un incendie volontaire a presque détruit dimanche le centre de rétention administratif de Vincennes, un des plus grands de France, où étaient enfermés 273 étrangers sans papiers en instance d’expulsion.


Par Thierry Lévêque

Au lendemain de la mort sur place d’un retenu tunisien, deux foyers se sont déclarés simultanément à 15h45 dans les deux bâtiments du centre, qui été très endommagés malgré l’intervention rapide des pompiers, précise la préfecture de police de Paris dans un communiqué.

Aucun blessé grave n’était à déplorer dans la soirée. Vingt personnes intoxiquées par des fumées ont été transférées à l’hôpital, précise la préfecture. Une cinquantaine d’étrangers auraient profité du chaos pour prendre la fuite, selon des militants associatifs présents sur place.

Les occupants restants ont été évacués et d’abord transférés dans le gymnase de l’école de police situé à proximité, puis dans la cour. Ils sont partis vers des centres de Paris, Nîmes, Toulouse, Lille et Palaiseau, selon le député apparenté communiste Jean-Pierre Brard, une démarche que leurs avocats vont tenter d’exploiter pour faire annuler leur rétention en justice.

« Nous demandons également que soit ouverte au plus vite une enquête pour définir les conditions dans lesquelles les incendies ont pu naître et s’étendre ainsi », a confié à Reuters Me Henri Braun, leur avocat.

ÉMEUTE APRÈS LA MORT D’UN RETENU TUNISIEN

Selon l’un des étrangers qui était retenu à Vincennes, joint par téléphone par Reuters, l’incendie serait lié à une émeute en milieu d’après-midi, liée au décès d’un Tunisien sans papiers, samedi, au centre de rétention.

Une source policière confirme cette version des faits. Des retenus auraient mis le feu à des matelas alors que se déroulait à l’extérieur une manifestation de soutien. L’incendie a commencé vingt minutes après le début de la manifestation.

Le retenu tunisien a succombé samedi à une crise cardiaque et n’a pas subi de violences, dit-on de source policière. Une enquête de police a été ouverte. « Tant les premières constatations que l’autopsie, réalisée dans le cadre de l’enquête menée par la police judiciaire, écartent la présence de traces suspectes », dit la préfecture de police.

Elle précise que le Tunisien était frappé d’une interdiction définitive du territoire prononcée par la cour d’appel de Paris et était connu pour « des faits de délinquance grave et réitérée, sous de multiples identités, notamment en matière de trafic de stupéfiants, de violences et de viol ».

LE MRAP DÉNONCE UNE « POLITIQUE OBSESSIONNELLE »

Les associations de défense des étrangers estiment que son décès est imputable à la politique du gouvernement et aux conditions de séjour dans les centres de rétention.

« Cette mort de trop est à mettre au funeste crédit de cette obsessionnelle politique cruelle, brutale et inhumaine qui criminalise l’immigration », dit le Mouvement contre la racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), qui a appelé à une manifestation mardi devant le centre de rétention.

« Dans un pays démocratique, lorsque de tels faits surviennent, c’est au parlement de se saisir de cette question et au gouvernement de s’expliquer », a réagi Pierre Henry, qui dirige l’association France Terre d’asile.

Les centres de rétention seraient actuellement surpeuplés et la tension y serait de plus en plus vive, selon les organisations de défense des étrangers. Des objectifs chiffrés annuels d’expulsions ont été fixés à l’initiative du président Nicolas Sarkozy.

Le gouvernement n’a pas atteint en 2007 l’objectif de 25.000 expulsions d’étrangers sans-papiers qu’il s’était fixé. Le Premier ministre François Fillon a déjà indiqué à la presse que l’objectif pour 2008 était de 26.000 expulsions.

Le ministre de l’Immigration Brice Hortefeux s’est félicité jeudi dernier d’une progression des expulsions de clandestins, qui aurait augmenté de 80% sur les cinq premiers mois de 2008.

Au nom du Parti socialiste, Julien Dray souligne « l’impasse dans laquelle mène le tout-répressif » et réclame l’abandon du « mirage de l’immigration choisie ». « En agissant uniquement en bout de chaîne sur les étrangers déjà installés en France, la politique d’expulsion massive du gouvernement ne traite aucunement les racines du problème, tout en multipliant les occasions de débordement et de dérives inhumaines », ajoute-t-il dans un communiqué.

Avec Mourad Guichard, édité par Henri-Pierre André

Source : Reuters

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