Amadou et Mariam Bagayoko à Dakar « Nous ne sommes pas considérés comme des handicapés »

Depuis leur retentissant succès, le couple de handicapés visuels maliens n’avait pas traversé les frontières. Venus enfin à la rencontre du peuple frère du Sénégal, ils ont été agréablement surpris. Entre un enregistrement en studio avec notre Pape Niang national, en un trio qui promet, et un tournage télé, ils ont accepté de partager quelques passages de leur vécu avec les lecteurs de l’Observateur.


Comment se passe votre séjour à Dakar ?

Mariam : Vraiment, ça se passe très, très, bien ! L’accueil est très chaleureux. On a fait un concert et une soirée. Et vraiment, c’était très fort ! Amadou : On est très surpris. Parce qu’on ne savait pas que l’on était si aimés au Sénégal. Les gens nous ont témoigné tellement d’affection… Je ne sais même pas comment l’expliquer. Donc, il y a eu l’effet de surprise ! Mais on a toujours voulu venir au Sénégal. Et je pense qu’à partir de maintenant, on va essayer d’y venir régulièrement. Aller à l’intérieur du pays et passer un peu plus de temps avec le public sénégalais.

Comme quoi, le Sénégal et le Mali ne forment qu’un seul et même peuple. Ce ne sont pas que des mots ?

Amadou : Effectivement, c’est le même peuple. Eh bien ! on a les mêmes coutumes et les mêmes habitudes. Je pense qu’on va trouver la bonne occasion, et essayer de formaliser davantage tout cela. Mariam : Il faut ajouter que les Sénégalais aiment la musique. Nous, on aime venir ici, vraiment !

Alors, à quand la prochaine prestation à Dakar ?

Mariam : Bon ! dès la sortie de l’album. Parce qu’on est en studio pour notre prochain album.

Justement, en parlant de ce prochain album, que nous préparez-vous de bon ? (rires) Amadou : Effectivement, on essaye de faire encore mieux. Il y aura une forte connotation blues et un peu de rock aussi. Et puis, des partenaires, et d’autres gens que nous avons invités, seront aussi de la partie, pour varier le « feeling ». Et nous pensons que cet album sera beaucoup plus international. Parce qu’on va beaucoup chanter en Anglais et en Français, mais aussi en « bambara ». Donc, on essaye de toujours maintenir le cap. D’être nous-mêmes, tout en nous ouvrant sur l’extérieur, pour toujours faire la différence entre les albums.

En parlant d’invités, vous avez enregistré avec Pape Niang. Pour un trio ?

Mariam : Oui ! on a déjà enregistré. Parce que nous aimons le mélange des genres dans notre musique. Donc, on a invité Pape Niang dans notre album. Vraiment ! ce sera…le meilleur.

Ça promet alors ?

Mariam : Ah ! oui !

Mais pourquoi particulièrement Pape Niang ?

Amadou : Parce que Pape Niang et nous, nous vivons la même condition. Parce qu’il est aussi handicapé visuel, et fait de la musique comme nous. Et, bon ! c’était une idée originale de le faire participer à cet album, pour que l’on puisse communiquer. Par le passé, on a eu à collaborer avec Jean Philipe Ricquel, qui est aussi un handicapé. Lui, il joue aussi du clavier. Il a joué dans nos albums précédents. Donc, ce sont des rencontres comme ça que nous essayons de développer. Mais il n’est pas exclu que l’on fasse quelque chose avec Oumar Pène. On aime bien Youssou Ndour aussi, on l’a toujours aimé (avec l’approbation de Mariam). On a fait des choses ensemble. Il nous a invités ici, en Suisse aussi. Il nous avait invités lors du concert pour la lutte contre la Malaria. Donc, on est toujours ensemble et une nouvelle occasion se présentera. <>P Mariam : « Incha Allah », on va faire quelque chose avec tous ces artistes.

Mais, lorsque vous descendez de la scène, comment vivez-vous ?

Amadou : Mais, on vit comme tout le monde. Parce que, effectivement, on a bien concilié la scène et la maison. La scène, c’est pour chanter, pour produire notre musique. La maison, c’est un autre cadre, on y vit comme tout le monde. On partage des idées, à chaque fois qu’il y a quelque chose, on se parle. On essaye de communiquer, de prendre les décisions ensemble. Donc, on vit avec beaucoup de gens. Les gens viennent nous voir tous les jours, on essaye d’être avec eux. Je pense qu’on reste toujours en harmonie. Donc la scène … n’est pas différente de la maison. C’est juste qu’à la maison, on ne chante pas.<>P Il ne vous arrive pas d’être inspiré(s) par un fait dans votre cour et hop ! les mélodies se suivent ?

( En chœur) ah oui ! ça ! oui ! oui !

Mariam : ça arrive souvent !

Amadou : D’autant que les créations se font à la maison.

Et les enfants dans tout ça ?

Mariam : (fièrement) oh ! les enfants vont bien. Surtout qu’ils sont grands maintenant. Ils sont trois. Le premier est né en 1979, le deuxième en 1981, lui il fait d’ailleurs du Rap. Il est dans un group là-bas (au Mali). Ils ont sorti trois albums déjà…

Comment s’appelle le group ?

Mariam : « Smod »

Vous vous y connaissez un en Rap ?

Amadou : En fait, nous, on a toujours écouté le Rap. Avant même que notre fils ne s’y mette. On a beaucoup écouté les rappeurs. D’ailleurs, nous avons fait quelque chose avec le Pbs, avec « Daraa ji », dans les festivals, au Canada etc. On écoutait aussi beaucoup des radios comme Sky rock, on aimait bien les « Neg marron ». et puis…on aime bien le Rap, parce qu’on ne peut pas faire du rap nous-mêmes, mais. (rires)

Un duo en vue avec votre fils de rappeur ?

Mariam : Oui ! ils ont déjà participé à notre album « Dimanche à Bamako ». Politiquement, c’est eux qui ont chanté dedans.

Mis à part la musique, que partagez-vous avec vos enfants ? Si on sait qu’être parent et artiste, c’est très dur, alors si on y ajoute votre handicap visuel, comment arrivez-vous à gérer tout cela ?

Amadou : Oui ! déjà, c’est plus facile pour nous. Parce qu’ils sont devenus grands. Ils se sont habitués à nous et le courant passe. Notre environnement aussi, fait qu’il y a toujours des gens autour de nous. Eux aussi s’en glorifient. Bon ! on a toujours dirigé, que ce soit avec les groupes d’amis, que ce soit avec la famille. On a toujours eu une responsabilité. Donc… en fait, notre entourage ne nous considère pas comme des handicapés visuels. Ils ont toujours l’impression que nous sommes des personnes normales. Parce qu’on vit normalement : tout ce qu’un homme ou une femme doit faire, on le fait. On assume quoi. Donc, notre handicap ne se fait pas sentir du tout. Mariam : Ah ! oui ! pas du tout !

Dites-nous, Mariam vous arrive-t-il de faire la cuisine ?

(Elle rigole) ah ! oui ! bien sûr. Mais bon, maintenant beaucoup moins. Comme je n’ai pas trop de temps libre à la maison… Mais je vais souvent au marché, je fais mes courses et tout, et tout (rires). Souvent aussi quand je suis à Paris, je vais avec ma sœur ou une amie au marché. Quand on va chez le tailleur, c’est moi qui arrange mes modèles.

Vous choisissez vous-même les modèles, les tissus et tout ?

Oui !oui ! je dis à mon tailleur exactement ce que je veux. Souvent, je crée mes modèles.

Mais, quand vous êtes en Afrique, vous ne devez pas avoir la même sensation que lorsque vous êtes en Europe ?

Mariam : Ah ! ouais ! ce n’est pas la même chose !

Amadou : En fait, ce n’est pas pareil. En Afrique, on se sent chez nous. Les gens nous comprennent, on parle le même langage, on a les mêmes habitudes, on a les mêmes coutumes. Alors qu’en Europe, c’est très différent. Quand on est là-bas, il faut changer les habitudes, la façon de faire, essayer de comprendre les gens. Parce qu’on ne réagit pas de la même façon. Mais nous, on arrive à nous adapter, à comprendre et à vivre aussi avec les Européens sur la base de leur modèle. Parce que ce qui est important, quand vous allez chez les gens, c’est de s’habituer, de prendre aussi un peu de leur culture, pour bien s’adapter. C’est surtout ça.

À part la préparation de votre prochain album, qu’est ce qu’il y a au menu du couple Bagayoko ?

(rires) Amadou : Ouh ! des projets il y en a beaucoup. Ces derniers temps, nous avons été submergés par ce succès qui nous a menés un peu partout, qui ne nous a pas laissé du temps libre. Mais nos projets, ce sont surtout des projets à caractère humanitaire comme « Paris Bamako », que l’on organise à l’Institut des jeunes aveugles. C’est pour récolter des fonds pour l’Institut. On a d’autres projets du même type, dont on espère qu’ils se réaliseront. Pour aider les handicapés de manière générale. En dehors de cela, on a un autre projet qui va nous permettre de produire et de faire la promotion des artistes. Voilà !

Mariam : Et puis, on a chanté avec un autre Sénégalais qui s’appelle Wasis Diop. On a fait son album ensemble. Donc, voilà ! On aime le mélange des genres, vraiment.

Le mot de la fin ?

Mariam : Peut-être, comme il a dit. On organise chaque année le festival « Paris Bamako ». C’est dire que l’on a commencé à notre école là-bas. Donc, on a construit un internat que l’on a doté en matelas. 2008 sera la troisième année du festival, nous vous y invitons tous.

La date ?

Mariam : Ce sera en fin mars. Avec plein, plein d’artistes.

Amadou : D’habitude, c’est au mois d’avril, mais cette année, ce sera vers la dernière semaine du mois de mars. Voilà ! Donc, le dernier mot sera pour remercier les Sénégalais qui nous ont soutenus. On vous promet aussi une chose : c’était la première, mais ça ne sera pas la dernière. On voudrait vraiment revenir, voir beaucoup plus de monde, voyager à l’Intérieur du pays, faire plein d’autres choses. Donc, on salue tous ceux qui nous ont aidés, de près ou de loin, tous ceux qui nous aiment, qui adorent notre musique. J’espère que nous allons continuer à leur faire plaisir.

Mariam : Je salue aussi toutes les femmes sénégalaises, parce qu’elles préparent de très bons plats et elles s’habillent très bien aussi. Vraiment moi, j’aime les femmes sénégalaises. J’aime les Sénégalais aussi hein !

Vous n’avez pas peur de faire un jaloux ?

(Ils éclatent de rires) Mariam : non ! non ! il n’est pas jaloux. Source : L’observateur

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