Alerte à Babylone

Transcription d’une interview de Claude Bourguignon


A propos de l’agriculture industrielle subventionnée

Nous ne faisons plus de culture en Europe, nous gérons de la pathologie végétale. C’est à dire que nous essayons de maintenir vivantes des plantes qui ne demandent qu’à mourir tellement elles sont malades.

En 1950, on ne mettait pas un seul pesticide sur les blés en Europe. Il n’y avait pas un seul traitement fongique appliqué. Maintenant c’est au moins trois ou quatre, sinon le blé est pourri avant d’arriver dans le silo. Il y a donc une énorme différence... mais ça se voit pas parce que comme on a balancé des produits, on peut dire : “Tiens le blé il est bien.” Sauf que, si il se casse la figure (parce que comme on met trop d’azote, il est trop grand et il tombe, vous avez du voir dans les champs les blés qui tombent), alors on met des hormones pour raccourcir les tiges, c’est pour ça que les blés sont bien plus bas qu’autrefois (autrefois les blés faisaient 1m50 maintenant ils font 60 cm parce que on les racourcis avec des hormones pour qu’ils ne versent pas). Mais ce n’est pas tout : ces hormones font avorter les arbres qu’il y a autour... Ça fait disparaître toute la flore, c’est un espèce de monde complètement abérant, mais les gens ne le savent pas. Ils passent juste devant les champs en voyant des blés. Autrefois les champs étaient plein de coquelicot, et il y avait plein d’autres espèces : une biodiversité.

source des images : wikipedia

Biodiversité et vie du sol

Un pays comme la Hollande a déjà perdu 75% de toute sa flore. C’est aujourd’hui l’une des flores les plus pauvres de la planète, et c’est intensifié au niveau agricole de façon incoyable.

Nous n’avons pas été entendus, parce qu’avec Lydia on a quitté l’INRA. On s’est mis à notre compte puisque quand on a commencé à montrer que les sols mourraient biologiquement on nous a demandé de nous taire. On a quitté l’institut et on s’est mis à notre compte parce qu’on estimait que notre devoir de scientifiques c’était quand même d’alerter le monde agricole que la voie qui était choisie n’était pas la bonne et ne permettrait pas de faire une agriculture pérenne.

Il ne peut y avoir d’agriculture pérenne que si on est sur des sols vivants. Le sol abrite 80% de la biomasse vivante... On en a déjà tué 90%, c’est à dire qu’on est en train de tuer tout ce qui est à la source de la vie. C’est quand même les microbes qui nourrissent nos plantes, qui font que nos plantes sont saines, sont nutritives pour nous. Sommaire Mauvaise qualité et santé

Nous sommes quand même dans la société la plus comfortable de l’histoire de l’humanité et nos dépenses de sécurité sociale augmentent de 6% par an. Il y a quand même des question à se poser ! Est-ce que les gens sont si bien nourris que ça pour être aussi malades ?

Le problème c’est qu’effectivement l’argumentation c’est : “Oui mais regardez ils vivent de plus en plus longtemps.” Bien sûr les gens qui ont en ce moment ont 80 ans n’ont pas connu l’agriculture chimique avant l’age de 50 ans. Puisque c’est apparu dans les années 70, donc jusqu’à 50 ans ils ont mangé du bio !...

Je me souviens encore gamin du lait de vache qui avait goût de lait de vache ! Ça avait vraiment le goût de lait de vache. C’est pas le lait de maintenant. Donc cette évolution est tellement récente dans l’histoire de l’humanité qu’on n’en connaîtra les conséquences complètes que dans plusieurs dizaines d’années...

Et on s’inquiète. Par exemple, à l’heure actuelle, 17% des enfants en Europe sont obèses. On est en droit de se poser des questions sur cette qualité alimentaire.

Le sol est une vrai éponge

Donc si je le gère mal il est compact et serré, il se referme. Si je laisse la faune le travailler il va s’aérer. C’est pour cela que quand vous marchez en forêt sur un sol vous avez vu le côté moelleux du sol forestier, parce qu’en fait il est aéré par la faune alors le sol qui a été labouré, maltraité il est complètement compacté, complètement resserré sur lui-même.

Quand il va pleut sur un sol resserré, l’eau ne peut pas rentrer, l’érosion commence. A ce moment, c’est plus facile d’accuser la pluie d’être responsable de l’érosion et des inondations, que de dire que c’est le système agricole qui a provoqué cette érosion... Puisque les inondations que nous avons en ce moment depuis 20 ans, depuis 20 ans nous traversons les années les plus sèches depuis 3000 ans dans l’histoire de l’Europe et jamais il n’y a eu autant d’inondations, c’est à dire qu’on a inventé avec l’agriculture intensive les inondations en période sèche ce qui est très fort ! Sommaire Jusqu’à quand la vie peut elle disparaître sans catastrophe humanitaire globale ?

Les écologistes à l’heure actuelle se posent la question de savoir jusqu’où ? A quel moment c’est l’humanité qui commencera à s’écrouler ?

Pour le moment on a détruit 90% de notre biodiversité en Europe, ça va encore pour nous. Donc les écologistes s’interrogent : “Est-ce que c’est à 95% que le système va lâcher ?" On ne sait pas. La catastrophe du crétacé est ridicule en comparaison de ce qui se passe en ce moment. Ca meurt, ça meurt, ça meurt, et puis les gens attendent en disant : “peut être qu’un jour on va voir quand ça va péter”.

Source : passerelleco.info

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