Album « HIPHOPOLOGY » : Kangam Squad jette un regard nouveau sur le rap


C’est une histoire comme tant d’autres. Des jeunes épris de musique qui, malgré la prégnance des cours, vont réussir à s’adonner à leur art avec en ligne de mire, un disque. Ainsi, « Kangam Squad », ce groupe de rap venu de Tambacounda, composé des inséparables Lunatik et Nigger Zeh, a mis sur le marché « Hiphopology ». Une production de 22 titres dont la préparation a nécessité 4 années de labeur, évoque leur localité, Tambacounda, et bien d’autres sujets. Le profil est intéressant. Lunatik et Nigger Zeh diffèrent de par leur background et également de par leur aisance dans les explications. Ces deux professeurs d’anglais à Tambacounda ont « délaissé » la craie pour le micro, juste le temps de se livrer à leur dada. Le résultat après sept ans d’hibernation, « Hiphopology », une œuvre avec plein de sonorités qui retrace l’histoire de ces deux amis. Naturellement, tout a débuté il y a bien longtemps, quand Alioune Niang, alias Lunatik, et Saliou Samb, de son nom d’artiste Nigger Zeh, passaient leur journée à écouter de la musique. De fil en aiguille, ils devaient assouvir leur amour pour cet art en passant du stade d’amateur à celui de chanteur. Ce béguin poursuivra ces jeunes venus du Sénégal oriental jusqu’à l’université, et au cours d’une discussion entre eux et deux autres membres (dont Lamine Camara, le producteur exécutif), Kangam Squad voit le jour entre 1999-2000. Plus tard, cette formation acquise au niveau du département d’anglais aura une certaine influence sur leur carrière. Et mieux, sur leur nouvelle production. Ainsi, souligne Nigger Zeh, « nous avons voulu, à travers cette production (avec le titre Hiphopology), montrer que le rap est une science, une civilisation que partagent les jeunes qui œuvrent dans le graff, le street-wear, la danse ; en somme la culture urbaine ». La fonction ludique que certains collent à cette musique est balayée d’un revers de main. Au-delà, pour ces artistes, il faut aux acteurs du mouvement hip hop comprendre qu’il existe tout une histoire de ce genre musical, avec le véritable message qui est celui de la non-violence. Car, « pour l’essentiel, dans le souci de lutter contre la « bestialité » des jeunes des ghettos aux Usa, les premiers Dj invitaient les jeunes chez eux et, petit à petit, le mouvement connut plus tard un certain développement », souligne Lunatik.

UNE REGION CHALEUREUSE Avec « Hiphopology », les textes sont bien dits et la rythmique ne noie pas trop les mots. Une prouesse dans le rap où certains pensent qu’il faut un tintamarre pour se faire entendre. En plus, la langue wolof prédomine ; ce groupe veut se faire comprendre même si on écoute parfois des pans entiers en anglais. Dans l’entendement populaire, Tambacounda est cette région lointaine aux températures invivables. Mais le Kangam Squad a cette manie de peindre leur localité avec beaucoup de tendresse. Dans cette œuvre musicale, ils évoquent cette ville « 45 degrés » où la chaleur humaine est très présente et prend le pas sur celle climatique. Dans un lyrisme dont eux seuls ont le secret, ils parlent de cette cité « Behind the five K ». En effet, pour se rendre à Tambacounda, on dépasse 5 localités commençant par la lettre K : Kaolack, Kaffrine, Koungheul, Koumpentoum et Koussanar. « Hiphopology », c’est également une partie de la vie estudiantine qui est conté avec le tube « Mémoire ». Ici, en 5 minutes, Kangam Squad dont les membres n’ont pas pu soutenir leur mémoire de maîtrise au Département d’Anglais se lâchent enfin. Il y évoque les problèmes dont sont victimes les étudiants qui ne parviennent pas à valider leur maîtrise à cause des caprices de certains enseignants à la fac. Le morceau « New world disorder » semble peindre le nouvel ordre mondial qui est dirigé par des forces occultes. Parfois, une bonne dose traditionnelle avec les envolées de Dialy Kanouté, une cantatrice de Tambacounda, habille la production. Dans ce travail de promotion des jeunes rappeurs de cette localité, 16 d’entre eux qui n’ont jamais sorti d’album ont participé à cette production. Egalement, des artistes de Dakar comme Alien Zik des Parcelles assainies, Flat, Ombre Zion, Books de Sen Kumpa, ont posé leur voix sur cette production. La palme revient à Keyti que ces derniers définissent comme l’ami, le protecteur qui leur a tendu la perche en 2003 avec une participation à son album « Jogal Daanu ».

CONCERTS DE PROMOTION A DAKAR ET TAMBA Le coup de cœur de ce disque est le « skit sof » qui peint le quotidien des sénégalais. Galère sur galère, le commun des débrouillards se meurt. Une voix nue et parfois hilare raconte cette dèche permanente que vivent les sénégalais. Ce Cd trouve également sa pertinence dans le fait que pour ce binôme professeur-artiste, qui dit vivre le rap dans la rue et non à l’école, la lutte contre la déperdition scolaire est un combat qu’il porte. Une autre forme de syndicat est née pour défendre l’école car dans sa forme classique, « certains partenaires sociaux censés protéger l’école en général, les enseignants en particulier, sont minés par une certaine corruption », souligne Lunatik. Kangam Squad est ainsi ce syndicat du système éducatif. Dans le prolongement de leur travail de pédagogue, ils conscientisent les enfants sur la nécessité d’exceller à l’école. Sur cette même lancée, au-delà des concerts de promotion qui auront lieu à Dakar et Tambacounda au mois de décembre, des bourses seront octroyées aux élèves les plus méritants. Les fonds nécessaires pour le financement de ce projet qui va primer une quinzaine de potaches issus des lycées et collèges de Tamba, proviennent de la vente du premier lot de 500 Cd. Le lien entre leur hobby, le rap, et leur profession de professeur est ainsi établi.

Amadou Maguette NDAW

Source : Le Soleil

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