A CAUSE DE L’EXTRACTION DU SABLE MARIN : La commune de Malika sur le point d’être rayée de la carte du Sénégal

Va-t-on vers la disparition de Malika ? Ces centaines de camions qui tirent, chaque jour, de sa plage des milliers de mètres cubes de sable transportés à Dakar, ont réussi à faire avancer la mer de plusieurs mètres. Et cette mer s’est mise en colère ces derniers jours, détruisant sur son passage une partie de la bande de filaos et de nouvelles constructions qui longent la plage. Le désarroi est grand chez les populations de Malika d’autant qu’elles sont convaincues que les véritables bénéficiaires de cette catastrophe environnementale sont de gros bonnets de l’Etat qui ferment les yeux sur ce cataclysme.


Dossier réalisé par Najib SAGNA

A cause de l’extraction du sable marin : La commune de Malika sur le point d’être rayée de la carte du Sénégal Quand le muezzin appelle à la prière du matin, les camionneurs se mettent an route pour Malika. Au bout du petit matin, ils font escale à Mbeubeuss pour prendre un café, avant de foncer sur la plage de Malika-sur-mer. Auparavant, ils étaient passés au bureau du Service des mines pour verser les 5 000 francs constituant les droits d’extraction du sable. ‘Chaque jour, nous versons 5 000 francs au poste d’entrée du Service des mines. Cette taxe est journalière, sans compter 1 000 francs à verser à la police’, nous explique un camionneur. Sur la plage, des centaines d’ouvriers armés de pelle sont à pied d’œuvre. Chacun dispose d’un grand tas de sable qu’il regroupe autour d’une grande surface. ‘C’est leur territoire. Un ouvrier peut en disposer de plusieurs. C’est dans ces tas qu’ils puisent pour remplir les camions’, poursuit notre interlocuteur.

Non loin de là, une centaine de camions patientent pour être servis. Le chemin qui mène à la mer de Malika-sur-mer est pourtant tortueux, mais les camionneurs s’y faufilent avec aisance. Sauf qu’un camion qui n’a pas un moteur très puissant, s’est subitement enlisé. Vite, les ouvriers arrêtent tout pour donner un coup de main au chauffeur. Puis reprend le travail. ‘Au petit matin, ils sont frais et très en forme. Ils font le maximum avant que le soleil ne soit au zénith’, nous explique notre guide. C’est un pied dans l’eau que s’effectue ce travail. Le torse nu, la pelle à main, ces ouvriers s’activent au bord de la mer à creuser le sable, en avançant vers les dunes.

Quand nous nous sommes présentés à eux, beaucoup ont sursauté en entendant parler des risques sur l’environnement de leur gagne-pain quotidien. ’Cela fait plus de vingt ans que cette partie de Malika est soumise à l’extraction de sable. Le sable extrait est aussitôt remplacé. Cela n’a aucun effet néfaste sur Malika’, soutient le plus vieux des ouvriers, qui soutient que la mer n’avance même pas. ’Depuis des années, nous sommes sur la même place’, clame-t-il. Lorsque nous leur avons rétorqué qu’ils détruisent la nature, le plus jeune prend la parole, pour démontrer, chiffre à l’appui, que l’extraction du sable fait nourrir de centaines de familles. ‘Beaucoup de personnes dépendent de ce boulot dont les retombées, ici même à Malika, sont des milliers de francs Cfa que nous dépensons chaque jour. Ensuite, nous travaillons sous le contrôle de l’Etat du Sénégal. Le Service des mines est notre interlocuteur. Il dispose d’une guérite à l‘entrée de Malika où nous sommes enregistrés chaque jour’, explique-t-il.

Pourtant, à Malika-sur-mer, on craint le pire. Une véritable catastrophe se prépare, selon les populations qui ont fait appel aux journalistes après plusieurs correspondances adressées au président Wade et aux ministres en charge de l’Environnement. ‘Depuis 5 ans, nous écrivons au président de la République, mais en vain. Ils sont tous au courant du désastre, mais personne ne bronche. Ils attendent que cela soit un second bateau Le Joola pour réagir’, s’insurge Libasse Sow, chef de village de Malika-sur-mer. La mer avance à pas de géant vers son village. Elle a même fini par s‘attaquer aux infrastructures hôtelières qui sont toutes dans l’eau. Des cabanons et autres arbres qui jalonnent la bordure de mer sont sur le point d’être engloutis par l’eau. ‘Il y a quelques jours encore, ce cabanon se trouvait loin de la mer, explique M. Sow désignant du doigt le bâtiment en question. Mais depuis hier (jeudi dernier, Ndlr), l’eau s’est approchée de l’équipement à tel point qu’il risque de s’effondrer. L’eau était à des centaines de mètres, il y a des mois. La plage était alors praticable. Aujourd’hui, elle avance à pas de géant et si rien n’est fait, c’est toute la commune de Malika qui risque de disparaître’, plaide Libasse Sow.

Malika, avec ses 60 000 habitants, connaît une démographie galopante favorisée par son extension rapide, conséquence du désengorgement de la localité de Pikine mais aussi de la création de nouvelles cités d’entreprises. De nouvelles constructions, issues de cette extension et qui sont placées le long de la mer, sont menacées. L’extension de Malika est faite entre le village traditionnel de Malika et la commune, allant vers la mer. ’Ici c’était le champ de tir de l’armée. Après le départ des militaires, le terrain a été loti et distribué aux populations’, dit Djiby Sow, un jeune du village qui attend impuissant l’affaissement de son cabanon. Sur près d’une dizaine de kilomètres, la situation est la même. L’eau a atteint les nouvelles constructions et continue son petit bout de chemin. Même l’école n’est pas épargnée.‘Vous voyez ces fenêtres, elles étaient en fer. Elles ont été détruites par l’érosion marine. Notre école souffre aussi de cette avancée de la mer’, nous confie le directeur de l’école, située au bord de la mer. Va-t-on vers la disparition de Malika ? Ces centaines de camions qui tirent, chaque jour, de sa plage des milliers de mètres cubes de sable transportés à Dakar, ont réussi à faire avancer la mer de plusieurs mètres. Et cette mer s’est mise en colère ces derniers jours, détruisant sur son passage une partie de la bande de filaos et de nouvelles constructions qui longent la plage. Le désarroi est grand chez les populations de Malika d’autant qu’elles sont convaincues que les véritables bénéficiaires de cette catastrophe environnementale sont de gros bonnets de l’Etat qui ferment les yeux sur ce cataclysme.

Source : Walf

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