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Quand un rappeur passe au roman

vendredi 8 janvier 2010

Avec « Les Derniers de la rue Ponty », Sérigne M. Gueye, plus connu sous le nom de Disiz, passe de la musique au roman. Et il compose une histoire souvent touchante du Sénégal d’aujourd’hui, qui ne se dévoile totalement que lors d’un final inattendu.

Le héros de ce livre est un ange. Du moins prétend-il être mort. Il débarque au Sénégal, à Dakar, en quête de rédemption. Sa mort, il la doit à un combat qu’il a perdu, et qu’il lui sera peut-être donné de pouvoir connaître à nouveau. Pourtant, en dépit de cette entrée en matière, Les Derniers de la rue Ponty n’est pas un roman fantastique. Il flirte avec les genres mais glisse plus volontiers dans la peinture sociale du Dakar d’aujourd’hui. Plus français que sénégalais, le rappeur Disiz (couronné en 2006 aux Victoires de la Musique), parle d’un pays qu’il connaît à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. Peut-être est-ce pour cela que certains des protagonistes de cette histoire sont précisément des expatriés. Les autres sont des jeunes pas forcément désoeuvrés, mais dont la quête du bonheur s’avère souvent sinueuse, rendue compliquée par les rêves de richesse d’une Europe inaccessible. On pense parfois en lisant ce livre, à la très belle série de bande dessinée Aya de Yopougon (Gallimard, collection Bayou) de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, qui s’attache au destin de quelques héros truculents d’un quartier ivoirien. Il y a de la tendresse chez Sérigne M. Gueye pour chacun de ses personnages, même pour ceux qu’il sacrifiera en route. Il y a un regard lucide aussi, sur l’Afrique d’aujourd’hui, et sur la manière dont les grandes compagnies occidentales (les cigarettiers, par exemple) y bâtissent des empires sans scrupules. Dans ce roman souvent touchant, parfois parcouru par une certaine candeur que d’aucuns apprécieront et d’autres réprouveront, on passe de l’amusement à la description - malheureusement un rien pédagogique - d’une Dakar quotidienne, éloignée des images de cartes postales. On suit pas à pas les destins des personnages sans comprendre comment la toile ainsi tissée prendra sens dans un très beau final. Les Derniers de la Rue Ponty apparaît comme un premier roman sincère et doux-amer. Il est publié par Naïve, qui est aussi la maison de disques de l’auteur. T. Bellefroid

Les Derniers de la rue Ponty, par Sérigne M. Gueye, éditions Naïve.

Source : RTBF

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