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Péril sur la planète Finance

lundi 15 septembre 2008

Dans la légende, le crin de cheval ne rompt pas. Dans la réalité, il s’est cassé dimanche et l’épée de Damoclès est allée se ficher dans le marbre de Wall Street, créant une fissure dont on ignore jusqu’où elle va s’étendre.

PIERRE-YVES FREI

Dans la légende, le crin de cheval ne rompt pas. Dans la réalité, il s’est cassé dimanche et l’épée de Damoclès est allée se ficher dans le marbre de Wall Street, créant une fissure dont on ignore jusqu’où elle va s’étendre. Alan Greenspan, l’ancien président la Banque centrale américaine, la Fed, ne disait pas autre chose en déclarant sur la chaîne ABC : « Je n’ai jamais rien vu de pareil. Ce n’est pas encore fini et cela prendra du temps. »

Hier, à l’annonce de la mise en faillite de la banque Lehman Brothers, les Bourses du monde entier ont été prises de vertige. Et tout particulièrement Wall Street où était cotée l’action de cette banque d’affaires âgée de 158 ans. Pour la première fois depuis le début de la crise des crédits hypothécaires américains ( subprime), les autorités ont refusé de mettre la main à la poche et renvoyé les grands acteurs de la finance mondiale à leurs responsabilités.

Un pot de 70 milliards

La réaction ne s’est pas fait attendre. Dix des plus grands établissements – Bank of America, Barclays, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Merrill Lynch, Morgan Stanley et UBS – ont annoncé hier leur décision de créer un fonds commun d’urgence doté de 70 milliards de dollars. Cette sorte d’assurance devrait permettre à ses souscripteurs de pallier les éventuelles crises de liquidité que l’un ou de l’autre d’entre eux pourrait vivre à l’avenir. Elle se veut aussi un signe à l’égard des marchés dont la confiance à l’égard des valeurs bancaires a été particulièrement émoussée ces derniers mois par l’ampleur de la crise du subprime dont la facture dépasse aujourd’hui les 500 milliards de dollars.

Ce dernier chiffre reste provisoire. Tout laisse penser que le compteur va continuer à tourner. Ne serait-ce que parce que le marché immobilier américain ne montre aucun signe de reprise.

D’autres victimes sont donc à craindre. Avant dimanche, le nom de Merrill Lynch était souvent avancé. Son cas est désormais réglé puisque Bank of America, après s’être intéressée à la reprise de Lehman Brothers, a jeté son dévolu sur elle, pour la somme de 50 milliards de dollars. A qui le tour désormais ? Le géant américain de l’assurance AIG ? Depuis plusieurs jours, ses dirigeants cherchent désespérément 40 milliards de dollars, notamment pour faire face aux pertes de 18,5 milliards accumulées lors des trois derniers trimestres. Selon le New York Times, ils auraient approché la Fed pour trouver une solution. Ils envisageraient également de réaliser une partie de leurs actifs pour 20 milliards de dollars. Ne resterait plus alors que la moitié de la somme à trouver. Mais preuve que cette option convainc peu, la chute du titre d’AIG entraînait hier toutes les valeurs du secteur à la baisse.

Les Banques centrales ne pouvaient rester indifférentes à cette nouvelle tempête. C’est ainsi que la Fed a élargi son plan « subprime » qui lui permet d’accorder des prêts d’urgence aux banques. Hier, elle décidait de mettre 70 milliards de dollars à leur disposition. Même geste du côté de la Banque centrale européenne (BCE) qui a proposé 43 milliards de dollars à des conditions favorables. Signe de l’extrême nervosité des acteurs bancaires : la demande s’est révélée trois fois supérieure à l’offre de la BCE. Quand à la Banque nationale suisse, elle continuait d’offrir hier les fonds à court terme au taux inchangé de 1,9% et se déclarait prête à injecter à son tour des liquidités dans le marché.

« Le risque systémique s’est accentué »

Source : Tribune de Genève

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