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Ndongo D : « La musicalité, le travail et l’abnégation font la particularité de Daara J »

mardi 18 octobre 2016

Son projet le plus en vue, un E.P (Extended Play), avec des thèmes de tous les jours en divers styles, qui peut déboucher à un éventuel album solo intitulé « Voice of Kocc Barma ». En parallèle, Ndongo D, Mamadou Lamine Seck à l’état civil, prépare, avec le groupe Daara J, un album en anglais destiné à l’Amérique du Nord. Sa carrière, les tournées, son inspiration, sa complicité avec son pote Faada Freddy, etc., Ndongo D nous parle sans détour de tous les sujets dans cet entretien.

De vos débuts à aujourd’hui, quels ont été les moments forts qui vous ont marqué avec le groupe Daara J ? Il y a eu plusieurs moments marquants que j’aurai du mal à citer. Cela va des sorties d’albums, mais je pense que le plus fort, c’est en 2006-2007, quand il y a eu la scission entre Daara J et Daara J Family. C’est là qu’on devait grandir, il fallait faire des choix. Les gens parlaient beaucoup, du genre « c’est fini pour Daara J ». C’était un moment plus ou moins douloureux… Il fallait se relever, et j’ai même une anecdote, en fait, cela me rappelle l’histoire de Soundiata Keïta, fils de Sogolon, qui était infirme de son état et a pu se relever avec son bâton en fer. A force d’abnégation, de persévérance, de courage, il a fini par devenir roi. Passer de trois à deux, c’était vraiment le moment de vérité. Et nous avons produit le titre « Tomorrow » qui prône l’action au détriment de la parole et dans l’immédiat. Par ailleurs, nous étions sacrés meilleur groupe africain en Angleterre par Bbc Music Awards qui est, aujourd’hui, l’équivalent des Mtv Awards. C’était vraiment fort. Les Bbc Music Awards, c’est l’un des prix les plus prestigieux qu’un artiste africain puisse avoir, sans vouloir être prétentieux. La distinction de la Radio Rfi en 2010 aussi est à notifier. Elle a sacré l’album « School of life » parmi les dix meilleurs au monde.

Comment Ndongo D a vécu la rupture avec votre compère Lord Aladj Man ? Personnellement, ce fut difficile même si c’est le passé, du moment où personne ne s’y attendait. La réalité faisait que nous étions tout le temps en contact, mais ne pouvions pas continuer à travailler ensemble, c’est juste cela. Comme on dit, il faut le vivre avec le cœur serré. Le plus important aujourd’hui, l’eau a coulé sous les ponts et nous avons dépassé ce stade. Au moins nous communiquons. Vous voyez, l’année dernière, la scène nous a réunis à l’occasion du Hip hop Galsen Awards. Nous avons cheminé ensemble de longues années, mais c’est Dieu qui fait et défait les choses. Cependant, nous sommes en de bons termes, des liaisons occasionnelles, en plus de la connexion de nos familles. Les relations humaines sont conservées et c’est le plus important. Le reste n’est que du showbiz.

On remarque que vous puisez souvent dans la spiritualité pour écrire vos textes… La spiritualité, pour moi, fait la quintessence de l’être humain même. C’est le moteur, l’élément clé qui peut permettre à chaque être humain d’évoluer, de se prémunir, mais aussi de vraiment pouvoir prendre du recul. Avec la sombreté de notre époque, il faut vraiment avoir la foi pour s’en sortir. La spiritualité, c’est l’essence même de Daara J. nous ne pouvons pas dissocier le spirituel de notre musique. Il parait que la musique, c’est haram, mais cela reste un débat. Notre musique à nous permet à des gens d’avoir une perception de la réalité, mais aussi d’aller au-delà : Cf le morceau « Weurngeul » qui évoque la vie, la mort et la résurrection. Allez plus loin avec « Borom Bi » qui parle de la foi, des cinq piliers de l’Islam. Et plus récent encore, en 2016, dans l’album « Foundation » où les cinq sens de l’être humain sont mis en exergue. La spiritualité est vraiment notre force, car sans celle-ci, le reste ne vaut rien.

Et quelles sont vos autres sources d’inspiration musicale ? A part les artistes africains, la musique pop internationale et autres sonorités sont inspirants. Daara J, c’est un groupe de hip hop qui combine du reggae, de la soul ou plus à son rap. Par exemple, je rappe en anglais dans un album en gestation. Et quand Faada Freddy chante, cela donne des airs de Michael Jackson. Voilà, nous avons des influences tellement ouvertes à la musique internationale ! Nous nous inspirons de tout et de rien : Sanékh, Nit Doff, Omzo Dollars, Canabasse, Kendrick Lamar, entre autres. C’est vraiment la somme de tous ce que nous écoutons, tout ce qui est diffusé dans le monde, qui fait notre inspiration. Ceci est actualisé avec l’expérience, car nous sommes de l’ancienne école ; ce qui fait que nous avons cette capacité de nous mouvoir dans la modernité. Demain, je pourrai faire un morceau trap carrément (rires)… Bref, notre inspiration est la somme du passé, du présent et du futur : les trois écoles de la vie.

Quelle est la particularité du groupe Daara J pour qu’il parvienne à exporter sa musique et percer sur le plan africain, voire international ? La musicalité, le travail, l’abnégation, mais aussi le fait de ne pas dormir sur nos lauriers font la particularité de Daara J. nous ne nous limitons pas à la notoriété nationale. A chaque fois, nous essayons de creuser, d’aller plus loin. Parce que comme me l’avait une fois dit Youssou Ndour, « le registre musical va très vite, donc la créativité est nécessaire » pour ne pas rater le train en marche. Notre force, c’est qu’à chaque fois nous donnons le meilleur de nous-même. Nous ne nous limitons pas seulement à faire de bonnes chansons et textes, nous essayons également de toucher les audiences internationales. C’est ce qui fait que nous arrivons à avoir une exposition internationale. Dans le hip hop sénégalais, nous faisons partie des rares artistes qui s’ouvrent au marché international, parce que nous chantons déjà en plusieurs langues, en plus, nous travaillons la mélodie et la composition.

Cette dernière est très bien travaillée et cela fait une différence. Nous n’avons pas les mêmes couleurs musicales que les artistes locaux, et cela marque la différence surtout au niveau de la composition musicale. Et coup de chapeau à Faada Freddy, car il apporte beaucoup d’idées. Rapper sur n’importe quel instrument ou style de South de l’Amérique reviendrait au même si la composition n’est pas différente ; d’où l’apport de notre touche. Nous essayons de créer, d’être différents, de ne pas faire comme tout le monde. C’est pourquoi nous sommes des ovnis du marché. Nous pourrions faire comme tout le monde, mais nous ne pouvons pas, parce que nous ne sommes pas tout le monde (éclats de rires).

Quelle lecture faites-vous de la culture urbaine et en particulier du rap au Sénégal ? Ma lecture de la culture urbaine, c’est qu’il y a une grosse scène qui est en train d’exploser avec beaucoup d’artistes et d’acteurs. Néanmoins, je sens, dès fois, un manque d’organisation. Les gens ont du mal a situé les choses, que cela soit du côté des artistes, des médias ou du public. Plus cela avance, plus je le sens. Par exemple, tout à l’heure, en écoutant la radio, j’ai remarqué que les gens ne font plus la différence entre un mix tape et un album même si les deux notions ont été expliquées à plusieurs reprises. Il faut que les médias fassent la différence entre ceux qui font des albums classiques et des mix tapes. C’est un exemple parmi tant d’autres.

Il faut aussi qu’il y ait de l’unité entre les acteurs de la culture urbaine, que chacun reste dans son coin n’est pas productif pour le mouvement hip hop. Je sens aussi une certaine jalousie entre les acteurs, les artistes, etc., et cela est dommage, car les gens devraient tirer vers le haut et non au sens inverse. Il faut supporter, appuyer à chaque fois qu’une personne à un projet ou essaye de faire évoluer les choses au lieu de lui mettre les bâtons dans les roues. C’est mon constat, il y a une explosion artistique, mais j’appelle, encore une fois de plus, à l’unité pour un essor de l’industrie hip hop. Que les artistes qui occupent le devant de la scène soient plus intelligents. Savoir qu’aujourd’hui on a le marché national, mais l’international pourrait être acquis demain, d’exporter sa musique au-delà du plan local, bref, être beaucoup plus ambitieux. Que la musique urbaine sénégalaise soit reconnue au-delà de nos frontières doit être l’objectif de tous les acteurs.

Vous revenez d’une récente tournée. Quels sont les activités de Daara J Family sur les plans musical, culturel, social… ? Nous avons fait des prestations au Canada où nous étions très attendus. C’était vraiment l’euphorie, finalement c’était (rires) le « toye » (fatigue générale en wolof). Tout le temps entre les studios et les scènes. Nous nous sommes rendu compte que le Canada est presque un quartier général de la musique mondiale, c’est vraiment « The place to be ». Tous les artistes qui cartonnent aux Etats-Unis viennent de Toronto : c’est un endroit qui explose, une foire musicale. Les concerts pour « Foundation » mènent toujours à d’autres opportunités inattendues à la base. Beaucoup de projets sont en attente et les années à venir témoigneront de leurs poids. Beaucoup de rencontre, pleins d’artistes sénégalais qui sont là-bas…, un clin d’œil à El Hadj Diouf, Ilam.

La carrière solo de votre compagnon Faada Freddy ne freine-t-elle pas la productivité de votre groupe ? Non, du tout ! On dira cela quand je vais commencer le mien, du genre est-ce que le projet de Ndongo ne va pas freiner la carrière de Daara J ? Non, je ne crois pas. Je pense que tout est lié. Vous savez, sa carrière a commencé depuis 2013 et Daara J Family est toujours dans les bacs. Quand les dates se croisent, ce n’est pas évident, il faut juste de l’organisation. Nous essayons tant bien que mal de gérer les choses, il faut combiner les prestations de Daara J Family en zone nationale comme internationale pour savoir si nous maintenons le cap. Il faut juste continuer à donner de notre temps, de notre valeur artistique à tout ce projet. C’est une question récurrente, mais les faits sont là et le plus important, c’est d’avoir un équilibre des plannings. Je ne dis pas que c’est facile, mais nous essayons à chaque fois de bien faire les choses, que cela soit sa carrière à lui, pour que le travail des albums solo n’interfère pas dans celui des albums collectifs, ou la nôtre. Maintenant il y a un travail de coulisse qui se fait et que nous ne pouvons pas dévoiler dans les médias. Par ailleurs, il y a toujours des tiraillements sur les plannings, mais au final, c’est les artistes qui tranchent, que cela soit Faada ou moi. En ce qui concerne Daara J Family, nous faisons vraiment le travail de manière professionnelle. Au moment où nous parlons, des tableaux sont établis jusqu’au mois de juillet 2017. Au moins nous avons de la visibilité, d’aucuns veulent Faada en France, d’autres veulent Daara J en Côte d’Ivoire, aux Etats-Unis, au Sénégal, etc.

Personnellement, quelles sont les projets musicaux de Ndongo D et ceux du groupe Daara J Family ? Un E.P (Extended Play). Il s’agit d’un enregistrement étendu…) que je suis en train de travailler et qui va de 5 à 10 titres. Mais je ne sais pas encore. Un travail est en train d’être fait sur les visuels, les sons, l’écriture, les beats… Je suis aussi parti voir des réalisateurs ; le projet commence à prendre forme. Mon E.P sera simple et pourra me présenter au public local, car les gens me connaissent que sous la casquette de « Ndongo D de Daara J » et cela va être mon côté solo. Cependant, ce sera organisé en fonction du planning du groupe. Heureusement, je m’imprègne beaucoup dans l’organisation. Musicalement, ce sera du rap alternatif et peut aller jusqu’à un style beaucoup plus expérimental avec des trucs modernes, classiques. Des thèmes de tous les jours y seront abordés dans divers styles. « Def yaw » explique, par exemple, le manque de référence, d’originalité des gens d’aujourd’hui qui ont tendance à suivre la mouvance sans conviction. C’est un projet qui peut déboucher sur un album avec comme nom « Voice of Kocc Barma ». J’écris à tel point que cela peut faire office d’un livre. En parallèle, le groupe prépare un album en anglais destiné à l’Amérique du Nord où Ndongo va rapper dans cette langue avec Faada bien sûr. Ce serait à 90 % en version anglaise, un album qui est presque terminé. En plus, il y a un autre grand projet que je ne peux pas dévoiler, mais qui peut vous tomber dessus demain même et qui est vraiment grandiose.

Propos recueillis par Yaye Awa Ly Ngoné SARR

source : le soleil

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