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Le hip-hop pour le partage et la solidarité : Une journée d’évasion pour les détenus

jeudi 20 août 2009

En, partenariat avec le ministère de la Justice, Youkoungkoung Production et le Bat’haillon Blin D ont organisé la semaine dernière, une journée de partage et de solidarité à la prison du Camp pénal de Liberté VI. L’objectif est de lutter contre les longues détentions préventives et réduire les condamnations à perpétuité. Par Daouda GBAYA

Large sourire exhibant une dentition qui n’a rien à envier à celle de « Yawou Diaal », visage balafré, ce détenu du Camp pénal de Liberté 6 s’éclate. A l’instar de ses nombreux co-détenus, ce jeune homme d’une vingtaine d’années, aura passé une journée récréative en compagnie de quelques acteurs du mouvement Hip-hop sénégalais. Cette journée de partage et de solidarité, initiée par Youkounkoung Production et le Bat’Haillon Blin D en partenariat avec le ministère de la Justice entre dans le cadre du travail de « prévention et de réinsertion au sein de l’univers carcéral sénégalais ». Les visiteurs, avant d’accéder à la grande cour où se tenait le concert, devaient déposer les portables et autres appareils numériques à l’entrée, en échange d’un badge. Sécurité oblige. A 10 heures déjà, la cour administrative de la prison était prise d’assaut par des jeunes et vieux tôlards qui s’en sont donnés à cœur joie malgré la chaleur suffocante. Alors que d’autres détenus, étaient restés dans leur cellule ou s’adonnaient au jeu de dame. Dans un climat fort détendu, détenus et gardes pénitentiaires devisent, par moments, chahutent, se tapotent... toutefois, un important dispositif sécuritaire a été déployé à l’intérieur comme sur la terrasse de la prison. Du haut du podium, Malal Tall, alias Fou malade, directeur artistique de Youkoungkoung Production, tente de débusquer des talents cachés. C’est ainsi qu’il invite une dizaine de jeunes détenus à faire du free style. La rage au cœur, ces jeunes ont tiré à boulet rouge sur le « système » qu’ils accusent de « corrompu » et de « menteur », sous le regard médusé de certains gardes pénitentiaires. « Je ne pensais pas que ce jeune était bavard », lance l’un d’eux, surpris de la prestation d’un détenu réputé « calme ». Le Hip-hop étant aussi un art, les prisonniers auront droit à une séance de graffitis dont le sens renvoie à la liberté. Après cette première partie, plusieurs groupes de rap sénégalais, comme Keurgui de Kaolack, Reskp., Daara J Family, 5e Underground, 2 m carrés dont les membres sont issus du milieu carcéral, Bat’Haillon Blin D, entre autres, ont fait vibrer les murs du Camp pénal, enflammé par la prestation de Viviane Chidid. Vêtue d’un pantacourt assorti d’un body épousant son corps, lunette de soleil sur le visage, la lead-vocal du Djoloff Bande a, en duo avec Fou malade, repris le morceau fétiche Taxi man. Surpris de voir Viviane à la prison, les détenus étaient surexcités au point de faire tomber les barrières derrières lesquelles ils se trouvaient. Ainsi pour la seconde édition, la journée de partage et de solidarité aura tenu toutes ses promesses : faire que les détenus se sentent un peu soutenus. Ce qui fait dire à Mame Saliou Fall, régisseur adjoint du Camp pénal que « la peine doit avoir d’au-tres effets : elle doit permettre l’amendement et le reclassement du condamné ». Or, poursuit-il, « pour reclasser un individu, il faut lui donner un certain droit pour qu’il accepte les lois de la société à sa sortie ». Pour M. Fall, « dès lors que la privation de la liberté est un mode de sanction, il revient à la Nation d’améliorer ses conditions de vie en prison ». gbaya@lequotidien.sn

Source : le quotidien

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