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Le Centre des musiques noires de Bahia

mardi 8 juin 2010

La reconnaissance de l’apport de l’Afrique aux musiques du monde entier

La ville de Salvador de Bahia, au Brésil, accueillera en octobre 2011, le Centre des musiques noires, première institution dans le monde entièrement consacrée aux musiques issues des cultures et diasporas africaines. Car le blues, le jazz, le rock, le reggae, la bossa nova, la salsa, le hip hop ou le rap, tous dérivés de rythmes africains même s’ils sont nés sur le sol américain, sont désormais présents dans toutes les cultures musicales du monde, de l’Alaska au Japon, et du Chili à la Scandinavie.

L’Afrique a conquis le monde, musicalement parlant, et le futur Centre des musiques noires (Centro de musica negra), qui ouvrira ses portes fin 2011 à Bahia, veut raconter la formidable saga des musiques africaines et de leurs dérivés, qui font désormais danser le monde entier ! Car de la même manière que le Monsieur Jourdain du “Bourgeois Gentilhomme” de Molière faisait de la prose sans le savoir lorsqu’il parlait, les jeunes rockeurs de Berlin ou de Tokyo, les couples bourgeois qui dansent la salsa à Montréal ou au Caire, les amoureux de jazz à Oslo ou à New Delhi, et les rappeurs des banlieues de Paris ou de Varsovie, rendent tous hommage à des musiques dérivées de rythmes africains, même si elles sont nées sur le sol américain. En outre, ces dernières décennies, des artistes africains sont devenus des stars mondiales, à l’instar de Césaria Evora, de Youssou N’Dour ou de Miriam Makeba.

Il est difficile d’imaginer que si Bach, Mozart, Vivaldi ou Monteverdi sont connus depuis des siècles, aucun musicien africain ne soit devenu célèbre avant le XX° siècle ! Miles Davis, Louis Armstrong, Youssou N’Dour, James Brown, Compay Segundo, Miriam Makeba, Aretha Franklin, Cesaria Evora, Gilberto Gil, Nina Simone, sont désormais des célébrités mondiales, et il est difficile de s’imaginer que dans les années 30 encore, à l’époque où Billie Holiday et Ella Fitzgerald chantaient, la ségrégation raciale était de mise aux Etats-Unis, interdisant aux Noirs l’entrée de certains clubs de jazz, restaurants, boutiques, autobus, etc... Mais l’Afrique a pris sa revanche : car aujourd’hui, c’est le monde entier qui apprécie toutes ces musiques nées des rythmes noirs, sur le sol américain pour la plupart, et qui sont programmées dans toutes les boîtes de nuit et toutes les fêtes et mariages du monde. Car au fin fond d’un village d’Islande comme des Iles Salomon, dans le plus misérable bidonville de Manille ou le plus pauvre quartier de Moscou, Michael Jackson est plus connu que Mozart, Bob Marley plus chanté que Bach, et le rock et le rap plus présents que le menuet ou la gavotte !

Au Museo do Ritmo Le futur Centre des musiques noires est initié et réalisé par Mondomix, le magazine français et site internet consacré aux musiques du monde, et soutenu par le Ministère brésilien de la culture et par Cultures France, organe de la coopération culturelle française à l’étranger. Il sera hébergé dans le Museo do Ritmo (l’ancien marché de l’or à Bahia), un lieu culturel dédié à la musique et créé par le musicien brésilien Carlinhos Brown, artiste bahianais. L’architecte sera le Brésilien Pedro Mendes da Rocha, le bâtiment se déploiera sur 1000 mètres carrés, et il devrait attirer quelque 50 000 visiteurs par an.

“L’idée de ce centre est née à Liverpool, quand Mondomix a été choisi pour réaliser le pavillon de la musique du Musée international de l’esclavage, qui a ouvert en octobre 2007”, raconte Marc Benaïche, directeur de Mondomix et initiateur du projet. “J’ai travaillé 3 ans sur ce projet, et j’ai été invité à donner une conférence à l’Université de Bahia. Et en découvrant cette ville, je me suis dit que c’était là qu’il fallait créer un centre des musiques noires. Il fallait raconter l’aventure mondiale des musiques noires, qui est la plus belle aventure musicale de ce siècle !”

Le musée sera un espace multimédia, faisant appel aux dernières technologies - dont Mondomix est spécialiste en matière de musique : vidéos de concerts, interviews filmées, écoute de musique à la demande, biographies d’artistes, recherche par thème... Le parcours sera divisé en 5 grands chapitres : “Les “monuments sacrés”” des musiques noires (les stars mondiales) ; “Mama Africa”, consacré aux musiques traditionnelles d’Afrique ; “La NEF, l’expression musicale de l’effroyable traversée des esclaves” ; “Les Amériques noires” ; “Le global Mix, les musiques noires sont planétaires”.

Une équipe d’experts

Une première démonstration du concept du Centre des musiques noires sera donnée à Dakar, en décembre 2010 à l’occasion du 3° Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN), qui se tiendra du 10 au 31 décembre. “L’idée de ce festival est de montrer, dans chaque discipline artistique, ce que l’Afrique a apporté. Pour la musique, il s’agira de montrer comment l’Afrique a pu inspirer différentes musiques dans le monde”, explique Syndiély Wade, conseillère à la Présidence du Sénégal pour le FESMAN. Une exposition multimédia, qui se déroulera sur 600 mètres carrés au Centre culturel Douta Seck, permettra donc d’avoir un avant-goût du futur Centre des musiques noires de Bahia. Et cette exposition est même d’ores et déjà conçue comme le noyau central du FESMAN, qui mettra aussi en valeur d’autres formes artistiques que la musique : arts plastiques, cinéma, théâtre, mode, artisanat d’art, etc...

Toute une équipe d’experts, spécialistes des musiques du monde et noires en particulier, a été mobilisée pour ce projet de Bahia : Rémy Kolpa-Kopoul, journaliste musical à Radio Nova, radio spécialisée dans les musiques du monde en France ; François Bensignor, responsable à l’IRMA - l’Institut de recherches et d’information sur les musiques actuelles ; Benjamin Minimum, rédacteur en chef du magazine Mondomix ; David Brun-Lambert, journaliste musical ; Valérie Thfoin, responsable à Cultures France, etc. “La musique noire est un bien de l’humanité, et pas seulement d’un groupe restreint”, explique le musicien Carlinhos Brown, rencontré à Paris. Le Brésil, qui est le pays le plus métissé du monde, va donc naturellement accueillir le Centre des musiques noires, musiques qui sont en train de métisser... toutes les musiques du monde !

source : afrik.com

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