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La Rumeur relaxé : « Une gifle monumentale pour Sarkoland »

vendredi 25 juin 2010

Poursuivi depuis huit ans pour « diffamation publique envers la police nationale », le groupe de rap vient d’être définitivement relaxé.

La relaxe prononcée ce vendredi de Hamé, le rappeur de La Rumeur, opposé au ministère de l’Intérieur, met fin à un marathon judiciaire de près de huit ans. Hamé était poursuivi pour « diffamation publique envers la police nationale » depuis 2002 et la publication dans un fanzine d’un texte à la plume acérée :

« Les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. »

« Notre affaire est symptomatique du sarkozysme » La plainte du ministère de l’Intérieur, dirigé alors par Nicolas Sarkozy, avait été immédiate. S’en était suivi un incroyable dédale judiciaire. Malgré trois relaxes consécutives, le ministère de l’Intérieur, qui avait depuis changé de titulaire, avait saisi une seconde fois la Cour de cassation.

Cette dernière vient donc de confirmer ce vendredi que les propos de Mohamed Bourokba, de son vrai nom, relevaient de la liberté d’expression.

Contacté par Rue89 dès l’arrêt rendu, Hamé se dit « fier » de cette issue, lui qui « s’est armé de convictions pendant ces huit années ». Et y voit une victoire contre la politique de l’actuel président de la République :

« C’est une gifle monumentale pour Sarkoland, parce que notre affaire est symptomatique du sarkozysme. »

« Une avancée pour la liberté d’expression » Titulaire d’un DEA en sociologie des médias, le rappeur n’a eu de cesse, huit ans durant, d’assumer la dimension politique de ses écrits et du procès :

« Nos propos, on peut les trouver outranciers, injurieux, exagérés, il n’empêchent que ce sont pas des propos diffamatoires. […] Sarkozy prétendait que je diffamais l’honneur de la police et c’est l’inverse aujourd’hui qui leur éclate à la gueule.

On a donc mis huit ans pour ne pas lâcher là-dessus, se battre et revendiquer notre légitimité à dire ce que j’ai écrit. C’est une avancée pour ceux qui sont attachés à la liberté de penser, à la liberté d’expression. » (Ecouter le son)

« L’intimidation d’Etat fonctionne à plein » « La réalité est que vivre aujourd’hui dans nos quartiers, c’est avoir plus de chances de vivre des situations d’abandon économique, de fragilisation psychologique, de discrimination à l’embauche et d’humiliations policières régulières », avait aussi écrit en 2002 le rappeur, qui a reçu le soutien de plus de 10 000 pétitionnaires, dont nombre de musiciens, de scientifiques et d’intellectuels.

Hamé les associe aujourd’hui à sa victoire, qu’il estime d’autant plus « prodigieuse » dans un contexte où « les marges de manœuvre sont de plus en plus maigres et l’intimidation d’Etat fonctionne à plein sur le mode de la dissuasion de dire, d’écrire, de filmer et de faire entendre des voix discordantes ».

Source : Rue89

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