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Grippe A : le « marketing viral » ne fait pas que des morts

dimanche 13 septembre 2009

Des millions de doses de Tamiflu sont commandés aux quatre coins du globe au profit du laboratoire Roche et de personnalités, dont Donald Rumsfeld. L’Afrique échappe pour le moment à cette pandémie médiatique.

En une année, la France dépensera davantage pour se protéger de la grippe A que le monde entier pour se protéger du paludisme.

La barre des 1000 morts* est franchie début août alors que l’on dénombrait 162 380 personnes affectées depuis mars dernier. Mais, aussi regrettable soit le taux de mortalité de la grippe A, il n’atteint pas – heureusement – celui du paludisme, qui fauche entre 1 et 3 millions de personnes tous les ans et qui ne déclenche aucune pandémie médiatique. Pour le moment, le taux de mortalité de la grippe A ressemble à celui de la grippe aviaire, qui avait soulevé la même bronca, avant de s’épuiser. Si elle provoque moins de morts que la grippe saisonnière, la grippe porcine booste l’action Roche, revigorée par les commandes de Tamiflu.

Parmi ceux qui font de bonnes affaires en ce moment, figure aussi Gilead, qui avait cédé au laboratoire suisse le droit de produire pour 50 millions de dollars en plus d’un pourcentage (10%) sur le chiffre d’affaires. Soit dit en passant, CNN rapporte que l’ancien secrétaire d’Etat américain à la défense, Donald Rumsfeld, détiendrait entre 5 et 25 millions de dollars de l’action de Gilead.

Coup de gueule

Mais plus que le virus en lui-même, c’est la panique provoquée qui coûte le plus cher aux finances publiques. Le coup de gueule, passé sous silence, de l’ancien directeur de la Croix Rouge française, Marc Gentilini, n’a pas rectifié le tir. Son pays, la France, mobilisera bien 1 milliard d’euros pour le Tamiflu.

« Vite ! l’offre est limitée », semblent nous dire les médias, qui rappellent, chiffres à l’appui, que le niveau de stock mondial est insuffisant pour faire face à une pandémie généralisée.

En Afrique, les plans d’urgence sont assez hétérogènes. Ainsi, au Maroc, où 102 cas de grippe porcine ont été confirmés (90% des patients sont déjà guéris), quelque 528 millions de dirhams ont été consacrés à l’achat de 4 millions de doses de Tamiflu au groupe Roche. Quelque 20 millions ont été mobilisés pour l’achat des masques. Le plan d’action global totalise 852 millions de dirhams. Courant août, le gouvernement a passé commande de plus de 6 millions de doses de vaccins anti-grippe A auprès de plusieurs laboratoires.

De son côté, la Tunisie a mis en place un générique, Saiflu, développé par le laboratoire médical Saiph, administré gratuitement aux personnes malades. En Afrique subsaharienne, partie la moins concernée par la grippe, l’OMS cherche à mobiliser 31 millions de dollars pour un ensemble de pays. Hormis l’Afrique du Sud, qui a réagi comme n’importe lequel des pays développés, rare sont ceux qui ont mobilisé un budget pour combattre une grippe dérisoire comparée aux ravages du paludisme et du VIH/Sida. Le Sénégal, qui avait mis en branle il y a quelques années un plan de 7 milliards de F CFA étalé sur cinq ans pour contrer la grippe aviaire, se contente d’appliquer les recommandations de l’OMS, en relevant notamment le niveau de surveillance à l’entrée des ports et des aéroports.

Plan marketing

Pendant ce temps, la presse mondiale s’emballe. « Vite ! l’offre est limitée », semblent nous dire les médias, qui rappellent, chiffres à l’appui, que le niveau de stock mondial est insuffisant pour faire face à une pandémie généralisée. A 25 euros le traitement, il n’en faut pas plus pour faire grimper l’action Roche et, derrière elle, toutes les pharmaceutiques ? Tous surfent sur une vague médiatique qui fait fi des nouveaux avis de l’OMS, reconnaissant que la plupart des patients atteints guérissent en une semaine sans médicament.

Source : LEs Afriques

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