> Actualités > Didier Awadi : toutes Afriques unies

Didier Awadi : toutes Afriques unies

lundi 14 juin 2010

Pionnier de la scène hip hop africaine, le Sénégalais Didier Awadi vient ce soir aux FrancoFolies présenter les chansons coup de poing de son quatrième album solo, Présidents d’Afrique, paru ce printemps. Membre du groupe Positive Black Soul, Awadi est aussi l’un des principaux protagonistes des États-Unis d’Afrique, documentaire québécois coproduit avec l’ONF qui arrivera sur nos écrans l’automne prochain.

« Le rap en Afrique, c’est une musique très jeune, explique Awadi, joint chez lui, au Sénégal. Des milliers de jeunes s’y investissent : du moment qu’on sait écrire, qu’on a quelque chose à dire, on peut devenir rappeur, en débutant dans son quartier, en espérant enregistrer un gros titre qui deviendra populaire. Dans beaucoup de pays, c’est la musique numéro un : au Sénégal, au Mali, au Kenya... »

Awadi et son complice Doug E Tee sont les patriarches de cette bouillante scène hip hop panafricaine. Au tout début des années 90, les deux danseurs et MC, fans de rap américain, unissaient leurs forces pour créer Positive Black Soul, premier groupe rap d’Afrique à obtenir un succès international. Par deux fois, le groupe, alors soutenu par une major (Island/Polygram/Universal), est venu aux Francos montréalaises, en 1996 et 1997.

Plus encore, le rap qu’Awadi et Doug E Tee font témoigne d’un engagement social et politique qui marque le genre en Afrique. « Le rap n’a pas besoin de prendre position, c’est chacun son truc, nuance Awadi. Moi, je fais du rap militant ; forcément, il y a beaucoup de prises de position dans mes textes. Mais j’accepte aussi qu’il y ait du rap léger, du rap pour les clubs, et qu’il soit bon. »

Des textes percutants

Si, à l’époque de Positive Black Soul, Awadi savait pondre les tubes - et l’album Salaam, paru en 1995, n’en est pas dépourvu -, c’est pour ses textes intelligents et percutants, qui jettent un regard acéré sur la vie politique africaine, que le musicien est aujourd’hui autant écouté.

« Awadi a une démarche artistique par laquelle il revendique toute une partie de l’histoire et du patrimoine culturel africain qui a été effacée, niée ou brouillée pour toutes sortes de raisons, politiques, néocoloniales, etc. », explique Yanick Létourneau, réalisateur du documentaire Les États-Unis d’Afrique. Le cinéaste a suivi le musicien durant l’enregistrement de son plus récent album.

« Vouloir rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui se sont battus (pour le mieux-être du peuple africain) depuis la colonisation jusqu’à aujourd’hui, à des gens qui ont un message pertinent et inspirant, et vouloir transmettre la pensée de ces gens à une nouvelle génération, voilà ce qui m’a intéressé chez Awadi », ajoute le Montréalais.

L’album Présidents d’Afrique est exactement ça : un voyage, touchant, puissant et magnifique, à travers les peuples d’Afrique, leurs traditions musicales et les personnages qu’on peut considérer comme les bâtisseurs, à travers des extraits de discours et d’entrevues qu’ils ont prononcés. L’album s’ouvre, par exemple, sur la chanson L’esclave, avec un extrait d’un discours du politicien et révolutionnaire burkinabé Thomas Sankara, influent penseur du panafricanisme.

Nelson Mandela, Nasser, Sékou Touré (premier président de la Guinée), Jomo Kenyatta (père de la nation kényane), Aimé Césaire, même Barack Obama et Malcolm X sont tous cités ou entendus sur cet album qui ouvre les esprits. Le rappeur y parle d’espoir, de défis à surmonter, sur des rythmes qui voyagent, percussions maliennes, grooves kényans, rumba congolaise. C’est gracieux et d’une admirable justesse.

« Ce qu’il faut, c’est écrire des textes importants, et les mettre sur des musiques qui collent, résume Didier Awadi. Dans chaque pays où on va enregistrer, on essaie de coller aux influences musicales du pays. On voudrait que ceux qui écoutent puissent voyager autant, et aussi à travers les voix des présidents qu’on entend. Puis, que ça nous fasse réfléchir. »

Loin des rythmes tendance venus d’Afrique, le coupé-décalé, le kwaito ou le kuduro, par exemple, Didier Awadi propose un rap conscient et consciencieux, fier de ses origines et visionnaire.

« Je suis le fruit de la tradition africaine et de la génération Facebook, dit Didier Awadi. Les Américains (qui font du rap) samplent James Brown ; moi, je sample un griot. »

Source : cyberpresse.ca

Répondre à cette brève