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De la République au despotisme éclairé

mardi 5 août 2008

Les contradictions, Me Wade s’y connait. Et à merveille. La dernière en date et pas du tout nouvelle du reste nous vient des Etats-Unis où le chef de l’Etat sénégalais a séjourné il y a une semaine. Il se proclame « républicain » mais ne s’interdit pas de chercher un successeur. Comme en royauté.

« Je pense que je suis homme réfléchi, je ne vais pas prendre le mandat, le pays et le mettre entre les mains de quelqu’un qui ne peut pas tenir la situation ou que le peuple n’aime pas », a déclaré Abdoulaye Wade dans un entretien accordé au service francophone la Voix de l’Amérique (VOA) le 29 juillet dernier.

Le « républicain » qu’il se proclame ne s’embarrasse pas de vouloir se trouver un successeur à la tête du pays. Comme en royauté. Comme si lui, Wade, aurait été désigné aux citoyens sénégalais par son prédécesseur Abdou Diouf.

Il invoque un Senghor qui aurait pensé à lui avant de quitter la tête du pays, pour dire que lui, Wade « regarde tous les sénégalais sans exception même du côté de l’opposition pour voir l’homme qui pourrait être à la hauteur, dominer tout le monde et mener le Sénégal vers l’avant ». Mais alors : « malheureusement, je n’ai pas trouvé » !

Si le discours n’est pas nouveau, donc banal, il révèle la pensée d’un homme qui vit sont temps, nostalgique d’une époque où seul valait la voix du Maître. Il l’applique bien dans le Parti démocratique sénégalais (Pds), « son » parti, où il est la « seule constante ». La confusion des genres aidant, Abdoulaye Wade, tient le Sénégal pour sa propriété. Et de la même manière qu’il veut « choisir » son continuateur au Pds, il veut pour le Sénégal quelqu’un qui, comme lui, à « des notions d’économie » et connait les « rouages de l’Etat ». Les populations qui souffrent de l’inflation endiablée de tous les produits de première nécessité, les délestages, etc., après 8 ans de présidence, apprécieront. C’est là la prouesse réussit par lui, Wade, qui fait aujourd’hui « l’exception » en tant que « scientifique, économiste, juriste », parmi la classe dirigeante ou y aspire. Au point, que cela « énerve un peu la vielle opposition qui survit encore uniquement en faisant des éclats », alors qu’aux yeux Wade, tout baigne pour le mieux dans le meilleur du Sénégal.

« Il n’y a pas de problèmes majeur au Sénégal », affirme donc le chef de l’Etat, notant cependant que le pays est « tourné vers le programme d’indépendance alimentaire (Goana, ndlr) » qu’il a lancé en avril 2008. Et puisque le prophète du Sopi surpasse le créateur – qui ne fait pas tout de même pas l’unanimité - « tout le monde me suit là-dessus », s’extasie Wade.

Suivons-le donc pour avoir porté le mandat présidentiel de 5 ans à 7 ans, après s’être rendu compte que c’était une « erreur » de l’avoir ramené en 2001 à 5 ans. Ses explications : il faut au moins un à deux ans pour bien s’imprégner des affaires, et puisque qu’en Afrique, la campagne électorale débute deux ans avant, si elle n’est pas permanente, un chef d’Etat a juste deux ans pour faire des réalisations et se présenter devant les électeurs. Sauf que le mandat en cours de 5 ans de Me Wade n’est pas concerné, du moins officiellement. Conséquence : « son » successeur serait bien servi, sauf que les mauvaises langues indexent son fils Karim Wade. Qui parlait de « despotisme éclairé » ?

Source : Nettali

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