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Bon début pour les Sunu Music Awards, mais il faut plus et mieux +++Par Aboubacar Demba Cissokho

dimanche 14 février 2010

La première soirée des Sunu Music Awards, les trophées de la musique sénégalaise, organisée samedi soir au Théâtre national Daniel Sorano, a été, mis à part quelques couacs dans l’organisation, une réussite pour un début. Même si beaucoup de choses sont à revoir dans le contenu de l’événement — artistique surtout — pour lui donner une dimension digne de respect.

Pour le symbole — coïncidence ou choix réfléchi —, Sunu Music Awards 2009 a eu lieu le jour même du cinquième anniversaire de la disparition de Ndiaga Mbaye (1948-2005), parolier, auteur, compositeur qui a donné ses lettres de noblesse à la musique traditionnelle par la richesse de ses sources d’inspiration, la profondeur ainsi que la portée morale et spirituelle de ses textes.

Premier point positif à noter : le jury était composé d’hommes et de femmes de qualité évoluant dans différents secteurs (cinéma, musique, danse, enseignement, journalisme…), et ayant une connaissance de la musique et du milieu musical suffisamment solide pour porter une appréciation à la hauteur des ambitions.

La soirée de la première édition a eu un contenu digne d’estime : une bonne maîtrise des deux présentateurs (Fanny J et Dj Boubs), de belles prestations des artistes invités et des nominés, qui ont réussi à mettre de l’ambiance dans la salle. S’y ajoute qu’il y avait de la couleur et de belles chorégraphies sur scène. Le public s’est régalé !

Le plateau était varié. De Mbaye Dièye Faye qui, en tambour major, a réussi à ‘’chauffer la salle’’ avec une maîtrise de l’instrument qu’est le sabar, à Thierry Cham, en passant par Ndongo D et Faada Freddy du Daara J Family, Fodé Barro, Million Stylez, Carlou, Lynnsha, Abou Thioubalo, Didier Awadi et Duggy Tee du Positive Black Soul, N’jie, Fallou Dieng, Titi, Adiouza, Viviane, Salam Diallo…

Le moment d’hommage de la soirée — à commencer par la minute de silence demandé par Claudy Siar pour les victimes du séisme en Haïti — a été très émouvant. Des artistes ont eu une pensée pieuse pour les artistes Las MC, Bourba Djolof, Ndongo Lô, DJ Makhtar Diop.

Mais à côté de ces points positifs, il y a des aspects à corriger pour améliorer d’abord l’organisation, et surtout le contenu de la ‘’feuille de route’’ de l’événement, dont la tenue a été saluée par le monde de la culture. Le gros retard accusé au démarrage de la soirée (22 h 15 au lieu de 20 h 30 comme initialement prévu) a failli semer le doute de nombreuses personnes sur le sérieux des organisateurs.

Les journalistes qui couvraient l’événement, n’ont pas eu, sur papier, le fil conducteur de la soirée. Ou moins la liste des nominés dans toutes les catégories choisies par la société Guibel Music pour récompenser les acteurs de la musique sénégalaise. Et sur scène, les deux présentateurs, Fanny J et DJ Boubs, ont oublié de donner le nom des artistes nominés dans les catégories ‘’Meilleur groupe hip hop’’ et Meilleur artiste de variétés’’.

DJ Boubs a été nominé dans la catégorie ‘’Meilleur animateur radio (mballax)’’ et ‘’Meilleur animateur de télévision’’. Cela aurait dû conduire les organisateurs à le disqualifier pour la présentation sur scène. Aux membres du jury qui ont relevé cette ‘’anomalie’’, il a été dit que cela se fait ailleurs aussi. Léger comme explication. D’abord parce que les autres manifestations où cela est noté ne sont pas à leur première édition. Ensuite, les suspicions ont vite fait de s’installer dans un pays comme le Sénégal où on aime relever les ‘’collusions’’. Ici, on pouvait faire confiance à l’indépendance des membres du jury, mais tout le monde ne le voit pas comme ça.

Pour une première édition, Guibel Music aurait pu éviter cet impair, même si pour eux DJ Boubs était le seul à pouvoir assurer une bonne présentation. D’ailleurs, on a remarqué une certaine gêne chez l’animateur, qui s’est gardé de réagir à la première récompense (‘’Meilleur animateur mballax’’). La seconde fois, il ne pouvait se dérober à ce rituel.

Pour les catégories choisies (17 au total), la première remarque est que la sélection a été essentiellement consacrée à la musique urbaine. On n’y a constaté aucune place aux expressions traditionnelles, lieu d’éducation, d’éveil des consciences, d’affirmation et de célébration des valeurs morales communautés sénégalaises dans leur ensemble.

Guibel Music a aussi ‘’oublié’’ de récompenser des acteurs essentiels de la chaîne, les producteurs. Il n’y a pas eu de récompense pour le ‘’Meilleur album de l’année’’. Il n’y en a pas eu non plus pour le ‘’Meilleur single’’ en ces temps où le piratage des œuvres a quelque peu freiné la sortie de disques.

Autre interrogation : comment expliquer qu’on scinde le groupe des animateurs hip hop en deux, ‘’sénégalais’’ et ‘’international’’ ? Certains de ceux qui ont été nominés dans la seconde catégorie sont aussi connus pour la place importante qu’ils accordent au rap sénégalais. L’idéal aurait été d’instituer une catégorie ‘’Meilleur animateur hip hop’’.

S’agissant du vote, la place accordée aux suffrages pas SMS (50%) est trop importante. 25% des votes auraient suffi sur ce plan, parce que dans une œuvre de récompenses d’acteurs de la musique, ce n’est pas le ‘’bruit’’ qu’un chanteur a fait auprès du public ni le nombre d’albums vendus qui sont jugés, mais la qualité artistique intrinsèque de ce qui est proposé. Et ça c’est une affaire de spécialistes. Si les organisateurs tiennent à faire participer le public à la fête, il faut simplement penser à un ‘’Prix du public’’ pour désigner le ‘’Meilleur artiste de l’année’’.

Sunu Music Awards est une belle initiative, saluée comme il se doit par le monde la culture. Les réactions et commentaires entendus ça et là prouvent que le besoin existait. Mais il ne faut pas, sous prétexte de combler un vide, céder à la facilité. La voie empruntée est bonne. Cependant, pour continuer l’aventure, il faut plus et mieux.

Source : APS

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